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Dieu crée dans un parfait silence et tout acte qui mérite ce nom est un acte silencieux. Car il n’y a de bruit que par les résistances d’une matière dont il nous fait entendre le gémissement. Aussi le Verbe créateur est-il lui-même une parole silencieuse qui ébranle le cœur et non pas l’oreille. Tel est le point de perfection où la parole et le silence ne font qu’un et qui nous a permis de distinguer deux espèces de silence : l’un qui est proprement le défaut et l’impuissance de la parole, l’autre qui en est la victoire, où elle triomphe même des mots. On le voit bien dans le dialogue qui cesse dès que les interlocuteurs réussissent à s’entendre ; la moindre parole alors, même pour constater qu’ils s’entendent, réintroduirait, avec la matière, la conscience de leur séparation. Comme toutes les couleurs sont présentes dans le blanc qui réfléchit toute la lumière, il y a un silence si plein qu’il contient toutes les paroles ; les plus secrètes ne font encore que le diviser.

Le silence n’est pas de la terre : il est du ciel. C’est la vertu des astres. Et la musique des sphères n’y ajoute pas quelque perfection nouvelle. C’est une musique de l’âme, et non pas des sens. Il est remarquable que, parmi les mouvements silencieux, en dehors de ceux des astres, il faille compter tous ceux du corps, sauf peut-être la marche qui nous relie à la terre. Aussi quand la communication s’opère par des gestes, bien qu’elle se montre à tous les regards, elle a pourtant un caractère plus mystérieux que quand elle s’opère par des sons, dont le rôle est toujours de livrer le sens ; au lieu que le langage des gestes suppose toujours quelque complicité.

Dans la contemplation silencieuse de l’univers, le son est l’indice d’un événement : ainsi il nous rappelle tout à la fois nos limites, le temps et la matière. Et c’est pour cela aussi qu’il est inséparable des choses particulières, par opposition à la lumière qui enveloppe en elle tout ce qui est.

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