Il existe entre la parole et le silence la parenté la plus secrète et il faut que le silence ne diffère point de la parole intérieure, et que celle-ci à son tour ne rompe pas le silence de l’âme. Mais il y a un silence qui n’est qu’une émotion de la chair et qui suit le bruit des cymbales. Il imite le silence de l’âme qui est attentive à sa révélation la plus profonde, ce silence probatoire qui précède toute initiation véritable : mais il en est le contraire.
Le silence peut être, comme la solitude, le signe du recueillement, mais il ne faut pas prendre le signe pour la chose. Et celui que l’on contraint ou qui se contraint lui-même à la solitude et au silence ne trouve souvent en lui que la misère et la désolation. Il y a un silence où le vide de l’âme se dilate tout à coup et nous épouvante.
Dans les relations entre les hommes, les paroles sont à la fois un instrument de communication et de séparation ; le silence aussi, mais plus subtil et plus profond. Le silence pénètre les paroles ; il leur donne leur puissance de pénétration et leur puissance de rayonnement. Toute parole qui m’est adressée est une demande à laquelle je ne puis répondre que tout bas et en écoutant. Tout ce qu’on entend, il faut l’entendre à demi-mot, et l’on ne saisit le sens d’aucun livre qu’en sachant lire entre les lignes.
Le rôle de la parole, c’est de témoigner de l’invisible ; le plus parfait témoin est celui qui disparaît en nous rendant présent à la chose même dont il témoigne. Ce qui permet de juger du style, le pire étant celui qui accapare toute notre attention et le meilleur celui qui, comme le verre, se laisse traverser par elle sans en rien retenir.