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On serait tenté de voir dans le langage intérieur une sorte d’intermédiaire entre le silence et les paroles. Mais les choses ne sont point aussi faciles. Le véritable silence est un silence de l’âme recueillie et apaisée ; et celui qui parle à voix basse tente de s’en approcher en proposant à un autre d’y pénétrer. Ce n’est là pourtant qu’une image. Car ce n’est pas seulement le son qui rompt le silence : il peut se réduire à un murmure ou même être aboli sans abolir le tumulte de l’âme, qui est le pire de tous les fracas. Et il arrive que les paroles nous livrent la pensée avec tant de fidélité et de pureté qu’on cesse pour ainsi dire de percevoir leur existence séparée et qu’elles soient comme un silence entendu.

C’est qu’il y a deux silences contraires : l’un qui n’est à l’égard de la parole qu’un manque et l’autre qui est un dépassement, un silence qui contient toutes les paroles, et un autre qui n’en contient aucune, ce que l’on pourrait appeler un silence par défaut et un silence par excès. Le silence contient en lui la richesse indivisée de toutes les puissances de l’âme, soit quand elles ne s’exercent point, soit quand elles s’exercent toutes à la fois.

Il y a une sorte de silence qui naît de la disproportion entre l’insignifiance des paroles et l’excès de leur signification. Alors on voit les paroles se changer peu à peu en allusions et finir par s’évanouir tout à fait. Et il y a un autre silence qui résulte d’une telle perfection des paroles, si bien ajustées à la pensée et aux choses que c’est la pensée qui semble appréhender directement les choses, de telle sorte que la parole est présente sans l’être et que ce n’est plus elle qu’on entend, mais le sens.

Il y a un silence qui est une marque de stérilité et d’impuissance, et un autre silence dans lequel se produisent toutes les éclosions, toutes les maturations.

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr.

Le silence convient également à l’émotion, qui, dès qu’elle se traduit par le langage commun, tend à s’intellectualiser et à se dissiper ; à la pensée qui porte en elle tous les possibles, et hésite encore, pour en réaliser un, à sacrifier tous les autres ; à la contemplation qui nous donne la présence même du monde ou de l’idée sans l’intermédiaire de l’expression.

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