Il y a toutes les formes possibles du silence. Il y a un silence de fermeture, un silence de réserve, un silence de discipline, un silence de menace, un silence de colère, un silence de rancune. Mais il y a aussi un silence de l’acceptation, un silence de la promesse, un silence du don, un silence de la possession. Il y a un silence qui porte le poids de tous les souvenirs sans en évoquer aucun, un silence qui mesure toutes les possibilités sans en entamer aucune.
Il y a un silence lourd et qui m’opprime, de telle sorte que la moindre parole serait pour moi une délivrance, un silence fragile dont j’appréhende la déchirure, un silence où gronde une hostilité irritée de ne point trouver des moyens assez forts pour se traduire, un silence de l’amitié comblée, heureuse de surpasser toute expression et de l’avoir rendue inutile. Il y a un silence de l’admiration et un silence du mépris. Et tantôt le silence me fait sentir la présence du corps comme un fardeau que je ne puis soulever ; tantôt il semble l’abolir, comme si j’étais devenu un esprit pur. Le silence est souvent la perfection de l’assentiment. Mais il y a beaucoup d’ironie dans cette affirmation que : qui ne dit mot consent. Car on peut craindre qu’il ne parle. Et le refus de toute parole témoigne souvent d’une réprobation que toute parole viendrait affaiblir.
Il y a un silence qui provient tantôt de l’indifférence et tantôt du parti-pris. C’est un refus de lier société avec un autre être, ou, ce qui est plus grave encore, une certaine impuissance à le faire. Ce n’est pas toujours le silence des lèvres, qui permet souvent une communication plus profonde et plus subtile que les paroles ; c’est un silence de l’âme, qui se cache quelquefois sous un flux de paroles. Les sentiments qu’il n’exprime pas sont perçus parfois avec autant de délicatesse que dans le silence de l’amitié.