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Il est remarquable qu’il soit impossible de sortir de soi pour communiquer avec les pensées d’un autre sans commencer par rentrer en soi pour communiquer d’abord avec ses propres pensées. Nous ne pouvons entendre un langage étranger que si nous sommes capable d’entendre le langage intérieur. Dans leur forme la plus parfaite ils ne se distinguent plus.

On ne méditera jamais assez sur le sens admirable de ces deux mots écouter et entendre. On ne peut se recueillir sans prêter l’oreille. Mais se recueillir, c’est toujours accueillir ; et prêter l’oreille, c’est se prêter soi-même. C’est accepter d’être persuadé, car, comme le langage le suggère, écouter, c’est déjà obéir. Sinon, peut-on même dire que l’on entende ? Et de même, quand je vous écoute, tout mon être se tourne vers vous ; je consens à vous donner audience dans mon âme ; et je ne désire rien de plus que de vous entendre, c’est-à-dire d’entrer en intelligence avec vous. Alors seulement je vous écoute véritablement, ce qui est déjà vous obéir, ou obéir à une voix que j’écoute aussi en moi et que vous m’avez permis d’entendre.

La parole est un don qu’il ne faut pas refuser, mais qui exige toujours d’être reçu. La parole, qui est une communication de moi-même et d’autrui, a toujours besoin de quelqu’un qui l’écoute. Elle ne le rencontre pas toujours : mais qu’il se heurte à la distraction, ou à l’incompréhension, ou à la contradiction, celui qui parle dit autre chose que ce qu’il veut dire, il s’embarrasse non pas seulement dans ses paroles, mais encore dans ses pensées : il cesse de se reconnaître en elles. Il ne faudrait parler qu’à des disciples ou à des amis et leur mesurer la révélation selon ce qu’ils sont capables d’accueillir. Il y a peu d’hommes à qui on peut tout dire. Mais les plus rares sont ceux à qui on peut dire plus encore qu’à soi-même.

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