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Le plus bas degré de la communication avec autrui est celui où le langage n’est rien de plus qu’une pure information, qui témoigne d’une satisfaction d’amour-propre à avoir vu ce qu’un autre n’a pas vu et à le lui faire découvrir. Pourtant il s’y mêle déjà un désir de partager avec lui cette pauvre richesse que l’on croit posséder : on ne peut manquer de penser que l’on crée ainsi avec lui de nouveaux contacts, que le champ de notre vie commune se trouve agrandi.

Mais la véritable destination du langage n’est pas, comme on le croit, de représenter des choses, ni d’évoquer des idées, ni même d’exprimer des émotions ; c’est de découvrir des intentions, et de commencer à les réaliser dans des actions d’essai, que je puis encore interrompre ou mener à leur terme : en attendant, je les éprouve, sans m’engager encore tout entier, je les annonce à autrui afin de l’en faire juge et de l’appeler à y collaborer.

Le véritable langage n’en demeure pas moins une expression de soi qui est déjà une création de soi, par laquelle j’apprends, dans une sorte de jeu préalable, à exercer et à manifester tous mes pouvoirs. Mais que seraient-ils sans cet exercice même ? Et comment pourrais-je mieux les saisir que dans cet usage presque pur, qui n’a comme matière que le souffle, et qui annonce toutes les actions possibles sans encore les produire ? Dans le langage le moi se montre donc à lui-même et à autrui, mais dans ce qu’il désire et dans ce qu’il veut, plus encore que dans ce qu’il possède. Et quand nous nous interrogeons sur la sincérité des paroles et que nous imaginons qu’elles mentent, il arrive parfois que c’est parce que nous nous trompons sur leur véritable objet, qui est non pas tant de traduire ce qui est en nous, que d’essayer ce que nous sommes. De là l’hésitation que l’on observe naturellement en elles ; chacune d’elles est comme un appel que nous lançons au dehors. Nous demandons aux autres de les juger et non pas de les approuver, et c’est pour cela que cette approbation ne nous satisfait pas toujours, qu’elle nous donne souvent une sorte de déception, comme si elle suspendait tout à coup le mouvement infini de notre pensée. La contradiction la ranime, car nous la portons au fond de nous-même et nous n’acceptons d’en sortir qu’après l’avoir mesurée.

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