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On croit souvent que le langage ne peut établir une communication entre les hommes qu’à condition d’user de certains signes artificiels comme ceux de l’algèbre dont l’application a été définie avec une extrême rigueur. Mais le langage réel met en échec et surpasse toute l’ingéniosité des conventions et des signes. Car les hommes ne communiquent vraiment que par ce qu’ils sont et non par ce qu’ils veulent. Aussi peut-on dire, par une sorte de paradoxe, que le langage n’est rien tant qu’il ne réussit pas à traduire ce qu’il y a en moi de plus personnel et qui seul peut atteindre ce qu’il y a de plus personnel en vous. Nous ne pouvons nous sentir unis que par les parties les plus intimes de nous-même et non pas, comme il le semble, par les parties les plus communes. Et la vertu de l’abstrait, c’est de suggérer cette intimité, mais en la respectant, au lieu de l’abolir au profit d’un monde anonyme, où chacun se sent étranger à lui-même et aux autres.

Cette parfaite précision qui circonscrit exactement chaque terme et fixe l’exacte correspondance du signe et de l’objet signifié, est seulement la perfection que nous demandons à l’instrument de la communication. Mais celle-ci ne se produit qu’entre les âmes : elle suppose une convergence à la fois de l’intention et de la pensée entre celui qui parle et celui qui écoute. Il y faut sans doute beaucoup de bonne volonté, de confiance et de sympathie, mais peut-être aussi cette certitude que la voix qu’ils entendent intérieurement vient de plus haut, et qu’il faut seulement lui prêter l’attention la plus désintéressée et la plus pure.

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