Ce n’est pas moi qui ai fait le monde : tout au plus ai-je le pouvoir de le modifier. Mais il semble que parler soit une action qui m’est propre. Seulement, la parole vient de l’esprit, même quand elle semble s’emparer des choses. C’est pour cela qu’elle obéit toujours à quelque inspiration. Il n’y a point de parole qui ne dépasse ce que le monde m’apporte. Toute parole, même celle de l’enfant, a un caractère prophétique. Et l’homme ne parle comme il faut que quand c’est Dieu qui parle par sa bouche.
Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Mais il s’est fait chair afin qu’il pût nous communiquer la parole divine à travers toutes les émotions de la chair. Aussi toute parole doit être semblable à une révélation : le divin, comme une source mystérieuse, vient affluer sur les lèvres humaines. Dès que l’être le plus simple ouvre la bouche, nous sommes tout attention, tout attente, comme si nous allions entendre encore la Bonne Nouvelle. Et quand la parole manque à son emploi, nous disons qu’elle n’est pas Parole d’Évangile, marquant par là sa destination miraculeuse dont il faudrait toujours garder la mémoire. Médiatrice entre l’esprit et la chair, entre la conscience et le monde, entre les différentes consciences, la parole est tout à la fois pensée, émotion et action. Aussi n’y a-t-il point de parole purement intérieure : car celle-ci n’est souvent qu’une répétition de l’autre, au lieu d’en être l’archétype.