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La grâce de notre âme éclôt dans la parole. Elle est parfois d’une incomparable douceur. Des mouches à miel, dit la légende, furent trouvées dans la bouche de Platon enfant. C’est qu’elle est à la fois chair et pensée, une chair spirituelle, transparente à la pensée qui l’enveloppe dans son rayonnement et qui l’illumine.

La parole est de toutes les actions la plus légère et la plus immatérielle ; dans sa forme la plus parfaite, il semble qu’elle nous livre la pensée toute pure. Dès qu’elle se tend et marque le moindre effort, c’est que l’émotion et le vouloir la mettent encore aux prises avec le corps : alors elle témoigne de toutes les résistances dont l’âme cherche à triompher, sans arriver à les abolir.

L’enfant parle avant de savoir qu’il parle ; et à l’homme qui se surveille le mieux, telle ou telle parole échappe toujours. La parole précède l’audition, comme l’acte précède la réflexion ; et pour s’écouter soi-même comme pour écouter autrui, il faut un certain avertissement, quelque curiosité, ou quelque inquiétude.

La parole manifeste la pensée et la voile à la fois ; il arrive aussi qu’elle la refoule et même qu’elle en suspende le cours. Il ne faut jamais cesser de veiller afin que cette servante de la pensée n’en devienne pas la maîtresse, et parfois même l’ennemie. Quand elle remplit exactement son rôle, on cesse de l’entendre : ce qui n’arrive jamais tant qu’on dit encore de quelqu’un soit qu’il parle bien, soit qu’il parle mal.

Là où l’esprit inspire toutes les paroles, comme s’il était lui-même le souffle qui les émet, la parole acquiert une sorte d’aisance surnaturelle. On croirait qu’elle n’est qu’un intermédiaire entre la pensée et l’action ; mais par ce trait d’union elle sert les intérêts de l’esprit pur mieux que la pensée toute seule, qu’elle oblige à se réaliser, et que l’action toute seule, qui reste toujours esclave de quelque fin.

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