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Si l’on pensait que la vertu du langage est de représenter des objets, il serait naturel qu’il empruntât ses éléments à la vue plutôt qu’à l’ouïe. Alors le propre du signe serait d’être vu plutôt que d’être entendu. Et ce serait peut-être trop étendre le sens de ce mot que de l’appliquer aussi aux sons. Mais si les sons peuvent servir de signes et même de signaux, ils vont bien au delà. Ce n’est pas assez de dire que les signes sonores l’emportent en valeur sur les signes visibles parce qu’ils ne requièrent l’usage d’aucune matière, et que nous portons en nous-même à tout instant le pouvoir de les faire sortir du néant et de les y replonger, ni que le son peut encore être perçu à travers un obstacle ou dans les ténèbres, et partout où la vision vient à nous manquer. Car l’œil a besoin de la lumière, qui nous vient du dehors, au lieu que l’oreille n’a besoin que de la voix, qui dépend de nous seul. Bien que le langage de la vue paraisse beaucoup plus clair et plus immédiatement significatif, il n’y a pas d’autre langage que celui de la voix ; et les choses à leur tour ne deviennent un véritable langage que quand elles commencent à être parlantes. L’écriture elle-même, comme on le verra, n’est point le langage de la vue : c’est toujours celui de la voix que j’essaie seulement de capter par des signes visuels qui me permettent, quand je voudrai, de les reproduire. L’écriture fixe dans l’espace immobile la possibilité de retrouver un son à tous les moments du temps.

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