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La parole n’est rien sans la voix qui la profère, mais elle n’est rien non plus sans l’ouïe qui la recueille. Ainsi elle renoue entre les hommes un lien vivant qui les oblige sans cesse à donner et à recevoir : elle crée entre eux un dialogue où à chaque instant les rôles sont échangés.

Mais celui qui parle s’écoute aussi lui-même : il faut qu’il entende les sons qu’il émet pour être sûr qu’ils sont ceux qu’il a voulus, pour qu’il puisse les diriger et les rectifier, en percevoir la justesse et le sens.

Dans la disposition de la voix qui tantôt s’élève et tantôt s’abaisse et change à chaque instant le rythme et le ton, dans la composition des sons, dans le jeu des voyelles et des consonnes, dans le mouvement même de la phrase, la volonté trouve des moyens d’action si souples et si variés qu’elle réussit à reproduire dans le monde de la parole la courbe sinueuse de la réalité, les états d’âme les plus délicats et même les rêves les plus chimériques de l’imagination. Mais l’ouïe qui les reconnaît et les retrouve avec une docilité attentive et complaisante nous en donne seule une possession véritable.

La correspondance entre l’ouïe et la voix fait apparaître en nous un dialogue intérieur qui est la conscience elle-même. Nous sommes à la fois l’acteur qui tient le rôle et le spectateur qui l’écoute. Mais entendre la voix, c’est toujours la reproduire intérieurement. De telle sorte que l’ouïe est un écho de la voix, comme la voix était elle-même un écho de l’ouïe. Qu’est-ce que la bouche, demande Novalis, sinon une oreille qui se meut et qui répond ? Dès lors le langage nous livre ici son secret, qui est le secret même de la conscience, dont l’acte essentiel réside toujours dans un dédoublement et un redoublement d’elle-même. C’est ce qu’expriment assez bien les mots de réflexion, de représentation ou de reconnaissance par lesquels on la définit. Et il n’y a point de conscience sans langage, c’est-à-dire sans cet écho de soi qui permet le dialogue constant avec soi.

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