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Il ne suffit pas de dire du langage qu’il est un signe ou un outil. Car le signe et l’outil ne sont que des moyens matériels qui restent toujours subordonnés à l’utilité. Sans doute le langage rend les choses maniables et il est l’instrument par lequel les différents êtres s’expriment et communiquent. Mais il est bien davantage.

Car si le langage c’est le sens, et le sens en tant qu’il se produit au dehors dans un corps plus subtil que tous les autres corps, il ne réalise pas seulement, comme on le dit, une médiation entre l’âme et le corps, ni même entre les âmes, mais encore entre l’unité de l’esprit pur et cette diversité infinie des esprits particuliers qui, à travers ce qui les sépare et ce qui les unit, participent à la même lumière selon la capacité de leur attention.

C’est parce qu’il est médiateur entre l’individu et la société dont il fait partie, qui l’a peu à peu façonné à son usage et chargé, presque à son insu, de toute sa vie secrète, qu’il n’y a pas d’homme au monde qui soit au niveau de la langue qu’il parle, et que le plus savant, comme tout le monde le répète, n’est jamais assuré de la connaître, ce qui explique le paradoxe de ceux qui disent que pour bien parler une langue, il faut n’en savoir parler aucune autre.

C’est parce que le langage est médiateur entre le moi et l’univers qu’il nous permet de prendre possession de nous-même dans notre rapport avec les choses : il se porte naturellement vers le dehors. Et comme on le dit justement, il faut qu’il soit proféré. Il prend sa source dans l’intimité de notre esprit, mais il nous renvoie aux choses en nous apprenant à reconnaître en elles une puissance du moi qu’elles ébranlent et qu’elles incarnent tout à la fois : il est le médiateur par lequel l’esprit vient s’incarner dans les choses. Il est lui-même une chose, mais si légère, si prompte à surgir et à s’abolir qu’il paraît infiniment plus proche de l’esprit que des autres choses et que, dans les choses elles-mêmes, ce qu’il nous livre, c’est plus leur essence spirituelle que leur présence sensible, qu’il dissimule presque toujours.

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