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L’acte de l’esprit est lui-même sans origine parce qu’il est l’origine de toutes choses. On ne remonte pas plus haut. En lui l’intellect et le vouloir coïncident, comme on le voit par l’exemple de l’attention qui fait surgir l’idée, mais d’une initiative intérieure qui dépend de moi seul. Et cet acte de l’esprit, toujours disponible, est le père de lui-même avant d’être le père du monde. Il est présent partout, et pourtant si immatériel et si discret qu’il disparaît et s’abolit dans son propre ouvrage. Ainsi cet univers où nous vivons semble se suffire comme s’il se développait par ses propres lois, et la main de Dieu qui le soutient tout entier ne se montre nulle part. Il en est de même du langage, que la pensée ne cesse d’animer sans qu’elle puisse jamais en être séparée : de telle sorte que, si elle s’en retirait, le langage poursuivrait encore son propre jeu. Et comme il y a des athées qui disent que le monde porte en lui-même sa raison d’être, il y a aussi des dévots du langage pour qui le langage, c’est la pensée, et non point seulement sa forme manifestée.

Le langage emprunte à la matière juste ce qu’il faut pour agir sur nos sens : mais cette matière est si peu de chose que le langage semble fait de rien, comme s’il n’était que la pensée même en exercice. La parole et l’écriture n’utilisent que les deux sens de l’ouïe et de la vue, c’est-à-dire les vibrations délicates du son et de la lumière qui nous dispensent du contact et de la servitude des choses ; encore la parole les réduit-elle à un souffle qui se confond avec le souffle même de la vie, et l’écriture à un fragile dessin de la main qui obéit aux inflexions du vouloir sans rien imiter de ce qu’on peut voir.

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