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Il y a une pluralité infinie d’espèces de langage : et le langage varie selon les circonstances, l’interlocuteur et le public. Il exprime tantôt mes états momentanés et tantôt l’essence de mon être profond. Il les associe toujours en quelque manière. Il est aussi significatif par l’échec que par le succès, par ce qu’il dissimule que par ce qu’il manifeste, par le degré de communication qu’il obtient avec autrui et qui n’est pas toujours un effet du vouloir, que par les bornes auxquelles il se heurte et qu’il est incapable de franchir. Il faut distinguer le langage oral et le langage écrit ; dans chacun d’eux plusieurs espèces et entre eux de nombreux intermédiaires, comme le montre l’exemple de la lettre ou du discours. Mais le langage cherche toujours à être médiateur entre la pensée de chacun et la pensée de tous : seulement cet idéal, ce n’est pas l’algèbre d’une langue universelle créée de toutes pièces par la volonté humaine, — et qui cesse d’être un langage —, c’est cette langue native et familière à chaque créature, la seule qu’elle puisse parler et comprendre et à laquelle il semble qu’on puisse toujours faire rendre davantage avant d’épuiser sa vertu significative.

Et comme nous ne pouvons nous empêcher de penser que tout l’univers est présent dans chaque perspective que l’on peut prendre sur lui, nous pensons de même qu’il nous suffirait d’éprouver tous les mots de notre vocabulaire propre, et d’en faire une application sérieuse à notre expérience de la vie pour illuminer et agrandir notre conscience personnelle jusqu’à la rendre peu à peu égale à la conscience de l’humanité tout entière.

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