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Le langage, qui est l’instrument de toutes les communications entre les hommes, est aussi l’instrument de toutes les séparations. La différence des langues est un témoignage de la différence entre les peuples, de leur originalité irréductible qui les empêche de tenir la place les uns des autres. C’est aussi la marque de leur impuissance. Dieu a voulu châtier ce délire d’orgueil qui leur fit élever la tour de Babel et menacer le Ciel, en s’obligeant à descendre lui-même parmi eux afin de confondre leur langage, et qu’ils cessassent de s’entendre, comme si l’unité du langage, qui est l’unité du Verbe, était le privilège de Dieu même, qui est seul capable de parler à tous les êtres une langue commune à tous et propre à chacun.

Mais la différence entre les langues n’est pas seulement le témoignage de notre impuissance ; elle est aussi le témoignage de notre secret. A l’intérieur même de chaque peuple, tout individu se sert à son tour d’un langage qui est le sien et dont aucun autre ne saisit toutes les nuances. Ce qui suffit à montrer que l’entente entre les hommes n’est jamais parfaite, qu’elle maintient leur séparation, au lieu de l’abolir, qu’elle coûte un effort qu’il faut accomplir et dont l’efficacité est inégale. Il n’est pas trop de toutes les langues pour exprimer l’infinité de la pensée humaine, comme il n’est pas trop de toutes les religions pour adorer l’infinité de l’essence divine. Cependant le Saint-Esprit est une éternelle Pentecôte : non pas qu’il abolisse la diversité entre les langues, mais chacun l’entend qui lui parle dans sa propre langue.

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