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C’est que le langage n’est pas, comme on le croit souvent, le vêtement de la pensée. Il en est le corps véritable. Et on peut l’étudier du dehors, comme le fait l’anatomiste. Mais c’est un corps vivant ; et quand il s’agit de la vie qui l’anime, la connaissance que l’anatomiste a de son corps l’embarrasse au lieu de le soutenir. Elle gênerait ses mouvements, s’il entreprenait de les régler sur elle ; elle interromprait la conscience qu’il a de soi et de sa propre présence à lui-même. Il y a donc une connaissance du langage qui est tout intérieure comme celle que nous avons de notre propre corps : elle consiste dans l’usage, et non dans le spectacle. C’est une grâce simple et aisée dans les mouvements ou dans les paroles, une sorte de souplesse nue et de serpentement qui, comme le jeu naturel de la pensée et de la vie, est toujours inaperçu et imprévisible. Dans le langage comme dans l’action, tout ce qui dépend de la volonté seule est un produit de l’artifice, un objet de fabrication qui est lui-même privé d’âme ; mais dès que la volonté n’est plus que docile et consentante, c’est la puissance créatrice qui se montre dans ses moindres ouvrages. Il s’agit donc pour nous de revenir au langage naturel ; et le langage le plus raffiné, loin de s’y substituer, l’épouse et en fait apparaître toutes les délicatesses.

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