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Le langage, il est vrai, est aussi une institution : c’est pour cela qu’il a toujours besoin d’être réformé et qu’il entreprend de commander au monde, qui ne lui obéit pas toujours. Il introduit dans la nature un ordre juridique, que la nature ne cesse de rompre par des cris. Il ne renonce jamais à la discipliner, mais il n’y parvient jamais tout à fait.

Cependant, en disant qu’il est une institution, on ne saurait le réduire à une convention arbitraire adoptée par l’homme pour désigner les choses : c’est trop accorder à la volonté et la séparer à tort de la nature. Contrairement à ce que l’on pense, le langage n’est point fait principalement de signes. On se sert de signes pour régler les mouvements du corps soit dans l’espace soit dans le temps, ou pour reconnaître les objets sur lesquels il faut agir. Un langage artificiel qui ne comprend que des signes n’est point à proprement parler un langage, comme on le voit par l’exemple du savant, bien que les termes dont il use, par l’usage et par l’usure, en se mêlant peu à peu à notre vie et en acquérant eux-mêmes une âme, puissent entrer par fortune dans le langage véritable. Mais cette réussite est rare et n’est jamais parfaite. L’invention du langage a des sources beaucoup plus profondes. Si le langage est une action qui commence, un essai par lequel je mesure l’intervalle entre ce que je sais ou ce que je pense et ce que je puis, il me fait participer à la création simultanée de moi-même et des choses, je veux dire du rapport qui les unit.

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