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C’est que la véritable fin du langage, c’est de mettre les êtres en communication les uns avec les autres, plutôt que de désigner des choses. Et la désignation des choses n’est faite que pour permettre de prolonger cette communication, pour en assurer et en multiplier à l’infini les moyens selon l’occasion, le temps et le lieu. La formation même des mots abstraits poursuit et achève la représentation et la domination d’un univers qui est le même pour tous. Ainsi on peut bien dire que le langage crée un lien entre la pensée et les choses, mais c’est afin de créer un lien entre tous les hommes.

La pensée née dans la conscience individuelle essaie toujours de dépasser ses limites ; elle y parvient par le langage qui tout à la fois s’adresse à un être et cherche à atteindre une chose. Ainsi il réalise une sorte de double société de chacun de nous avec autrui et avec le monde. Ce que l’on exprime quelquefois d’une manière tout à fait plate en disant que le langage est d’origine sociale : il est bien vrai que nous le recevons de la société où nous vivons, ce qui explique pourquoi il nous contraint et il nous dépasse, mais comme le fait le monde matériel. Et comme du monde matériel, c’est l’individu qui en fait usage ; il lui imprime sa marque, de même qu’à l’univers et qu’à la société dont il subit aussi les lois. Mais il cherche, par le moyen des signes les plus communs, à exprimer ce qu’il y a en lui-même d’unique, à atteindre ce qu’il y a d’unique dans tous les hommes.

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