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Dieu qui avait formé tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait et pour que tout être vivant portât un nom que lui donnerait l’homme. Ainsi, c’est le privilège de l’homme de donner des noms non seulement aux êtres, mais aux choses. Dès qu’il leur a donné des noms, il semble qu’elles lui deviennent familières et consanguines. Chaque nom est pour lui un Sésame ouvre-toi : et il pense qu’il a pénétré leur secret dès qu’il les a nommées. Chaque nom est le signe de sa puissance : qui le tient croit qu’il tient aussi la chose ; et il imagine qu’en le prononçant, il la produit.

C’est que le mot lui permet à la fois de la désigner, de la reconnaître et d’en disposer. Elle cesse de lui échapper : il la capte et refait désormais le monde en la composant avec d’autres dans de nouveaux assemblages.

La plus grande découverte de cette aveugle sourde-muette dont l’âme était comme un vivant tombeau, la seule révélation qu’elle ait reçue : c’est que chaque chose a un nom. L’univers cesse alors de lui être fermé, les barrières qui l’en séparaient s’abaissent tout à coup. Une lumière spirituelle, dont l’autre n’était qu’un signe, commence à se déployer devant elle, qui enveloppe tout ce que les yeux peuvent voir et le lui découvre.

Le langage est un abrégé du monde ; et l’émission du langage ressemble à la création du monde, et même, de la signification du monde. Toute phrase que je prononce, c’est le monde qu’en la construisant, je construis.

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