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L'âme et l'esprit sont toujours ensemble, mais poursuivent un perpétuel dialogue et ne parviennent jamais à se confondre. L'âme est individuelle ; mais c'est le même esprit qui est présent à toutes les âmes. L'âme est médiatrice entre le corps et l'esprit ; c'est une sorte de corps spirituel qui permet à l'esprit de porter la lumière jusque dans la matière et à la matière de porter jusque dans l'esprit l'émotion et le frémissement.

Il n'y a donc que l'âme qui soit douée de conscience ; car la conscience naît de la lutte entre la chair et l'esprit. Et l'âme penche des deux côtés tour à tour ; tantôt elle écoute toutes les voix de la nature, tantôt elle semble éclairée par une lumière surnaturelle. La conscience réside dans cette oscillation qu'elle n'interrompt jamais, dans cette initiative qui l'empêche de se fixer, dans ce choix qu'elle renouvelle indéfiniment.

Le corps ne participe pas à la conscience ; il est au-dessous d'elle ; il n'est pour elle qu'un objet. Mais c'est la conscience qui participe à l'esprit et non point l'esprit à la conscience : il la surpasse ; il est le principe qui l'illumine ; et l'on ne peut pas dire du soleil, qui éclaire tout le reste, qu'il est lui-même éclairé. Or nous savons bien que notre conscience est chétive et misérable, qu'elle ne cesse de faire accueil à la lumière, mais qu'elle n'a jamais assez d'ouverture pour laisser pénétrer en elle tout ce que l'esprit ne cesse de lui offrir. La conscience est une spiritualité divisée et même déchirée ; c'est que l'esprit est à l'étroit dans l'âme où l'individu le capte à l'intérieur de ses limites ; mais il aspire toujours à les dilater et à retrouver l'unité perdue.

Alors il arrive que dans cet excès la conscience succombe, comme dans les mouvements de l'inspiration ou de la grâce ; c'est qu'elle rassemble alors tous ses effets jusque-là dispersés. Ainsi l'entendent aussi tous ceux qui parlent de la raison et qui en font un juge de la pensée supérieur à la pensée elle-même, tous ceux qui parlent de Dieu et font remonter jusqu'à lui toute la vie qui anime la conscience, mais non pas le trouble où elle se débat.

Comme le corps est placé dans l'espace, l'âme est placée dans l'esprit pur. Et comme le mouvement du corps nous découvre sans cesse de nouveaux lieux, le désir de l'âme nous révèle sans cesse de nouvelles pensées. Mais ce n'est pas le regard qui produit le paysage, ni l'attention qui engendre la vérité. Seulement il y a entre le regard et la lumière matérielle, entre l'âme et la lumière spirituelle une convenance si parfaite et un commerce si subtil, que l'âme et le regard finissent par ne plus se croire distincts du principe qui les éclaire. Il suffit d'un peu d'obscurité au dedans ou au dehors pour les rappeler à l'humilité.

C'est notre limitation et la résistance de la matière qui font de la vie de l'âme un combat, comme de la vie du corps. Mais la victoire de l'esprit se termine en contemplation : alors l'âme jouit de son repos, qui est la pointe extrême de son activité. Ainsi la main de l'artiste, dès qu'elle entre dans le repos, oublie les touches successives qu'elle a inscrites dans la pureté du contour ; mais elle embrasse alors celui-ci d'un mouvement si aisé, si ferme et si parfait qu'elle éprouve tout à coup la joie d'une découverte en même temps que d'une possession.

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