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La solitude est semblable à une sphère qui enferme l'âme et la sépare de tout le créé. Et cette sphère le laisse seul avec Dieu. L'homme vit d'abord au milieu des autres hommes, mais quand il a découvert le monde intérieur, la solitude est pour lui comme un sanctuaire. Car on ne connaît Dieu et on ne s'unit à lui que dans la solitude.

La solitude est une imitation de Dieu qui est un solitaire infini ; elle nous oblige à découvrir en nous une présence spirituelle où tout ce qui est peut être reçu.

Le solitaire vit en Dieu ; mais il cherche aussi, comme Dieu, à se suffire à lui-même. Cependant l'être fini ne peut pas tenir ainsi la place de Dieu. Dira-t-on que l'homme le plus grand est celui qui embrasse en lui-même l'horizon le plus étendu, et celui pour qui la solitude est, par conséquent, la plus facile à porter ? Mais il ne cesse pourtant d'exhaler cette plainte : « Seigneur, vous m'avez fait puissant et solitaire. » Et il ne peut se suffire qu'au moment où Dieu lui répond, c'est-à-dire au moment où, ne trouvant plus, ni en lui-même ni en aucun être fini, rien qui puisse lui suffire, il renonce à tout ce qui lui appartient et reconnaît en lui une présence infinie qui est à jamais incapable de lui manquer.

Mais l'homme le plus grand n'a pas besoin que la solitude lui soit imposée pour vivre solitaire. Il est seul partout ; seulement au lieu d'être seul avec lui-même, il est seul avec Dieu. Cette solitude est une société mille fois plus intime et plus féconde que celle qui peut nous unir à tous les êtres particuliers. Et même celle-ci n'est possible que dans la mesure où elle prolonge, manifeste, réalise la société que chaque être a avec Dieu. Ceux qui ont rompu toute communication avec Dieu sont désespérés dans la solitude : et ils sont incapables de créer avec aucun homme une société réelle qui puisse rompre les barrières où tout être fini se trouve toujours enfermé.

Celui qui cherche la solitude ne fuit point autrui pour demeurer seul avec soi ; car il sait bien qu'il ne trouvera que la misère dès qu'il sera réduit à lui-même. Il ne désire la solitude que parce que les unions qu'il a contractées dans le monde lui ont montré bien vite leurs limites. Ce qu'il désire, c'est la solitude avec Dieu, c'est-à-dire une union si intérieure et si totale avec l'être sans limites que toutes les unions qu'il a connues jusque-là ne soient plus pour lui que des séparations. Ainsi le goût qu'il a pour la solitude est identique au goût qu'il a pour la perfection de l'amour spirituel. Il se réfugie dans la solitude lorsque les amitiés particulières lui découvrent leur insuffisance. Mais, dans ce vide silencieux de la solitude, son âme est remplie par un objet infini où toutes les amitiés particulières puisent la lumière qui les éclaire et la force qui les multiplie.

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