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Parfois, dans la communication que nous cherchons à avoir avec les autres êtres, il arrive un moment où nous voyons tout à coup qu'elle se refuse, soit qu'il y ait de notre faute ou de la leur ou de celle de la nature. Alors, pour ne point la convertir en haine ou en guerre, il faut savoir l'interrompre et la réserver. Il ne faut jamais rien demander à un être qu'il ne soit capable de donner, ni rien lui offrir qu'il ne soit capable de recevoir. Autrement on le rebute.

Tous les hommes doivent être les uns pour les autres des médiateurs. Il ne faut jamais refuser d'être pour autrui ce médiateur qu'il attend, qui le révèle à lui-même, qui le porte sans cesse au-dessus de son état présent et multiplie en lui les motifs de confiance et de joie.

Mais rien n'est plus délicat que d'obtenir entre deux esprits une communication réelle ; si elle se montre impossible, il ne faut pas la contraindre. Il peut arriver que ce soit une forme de la courtoisie et de la charité de savoir s'abstenir. Il ne faut pas chercher ce contact à tout prix, car l'effort que l'on tente pour le créer quand il se refuse, la perte de l'innocence dans l'offre que l'on fait de soi, une arrière-pensée et comme une préoccupation du succès dans les gestes que l'on fait et dans les paroles que l'on prononce, suffisent à corrompre toute l'entreprise. Lorsqu'une communication se produit entre deux consciences, c'est toujours pour chacune d'elles une surprise et un émerveillement ; mais c'est la possession d'un bien que l'on n'atteint que parce qu'on ne l'a pas voulu. Car c'est encore l'amour-propre qui le veut ; or il faut précisément que l'amour-propre se renonce et cesse tout à fait d'agir pour que cette communication soit possible : il ne peut qu'y prétendre, mais non point la produire, ni en jouir.

Aucune communication ne doit être tentée quand nous sentons d'avance qu'elle sera repoussée. Il naît alors en nous une timidité qui n'est pas seulement un effet de l'amour-propre, mais du respect même que nous avons pour les sentiments que nous étions sur le point de livrer et qui sont des êtres fragiles que nous ne voulons point exposer au froissement et au mépris. Nous cherchons à leur éviter un mauvais accueil, et nous ne voulons point qu'on rejette ces hôtes envoyés par Dieu et qui rendent sensible sa présence parmi nous. En exposant un trésor si précieux devant des yeux indifférents ou hostiles, vous violez un secret, vous corrompez les choses saintes. Ceux qui le voient maintenant à découvert, et qui n'ont pas su le reconnaître, étaient plus près de le voir quand ils ne le voyaient pas. Il faut tout au plus le laisser pressentir pour attirer sur lui l'attention et le désir et savoir attendre, pour le découvrir, le moment où la conscience est en état de l'accueillir et d'en être touchée. La solitude la plus douloureuse est celle qui suit une communication manquée.

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