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La sincérité la plus parfaite se trouve à la fois dans les âmes les plus humbles et dans les plus grandes, ce qui prouve la parenté de l'humilité et de la grandeur. C'est l'amour-propre qui détruit la sincérité ; mais l'humilité ne permet pas à l'amour-propre de naître, la grandeur l'abolit.

Soit que la vérité nous humilie, soit qu'elle nous relève, on ne doit parler de soi, et même penser à soi, qu'avec beaucoup de réserve et de délicatesse. Autrement la vérité est une impudeur ou une complaisance de l'amour-propre. La sincérité intérieure est subtile et pleine de périls. On y manque, comme le font certains scrupuleux, en donnant trop de relief à certaines pensées secrètes qui ne sont point encore des tentations et auxquelles l'esprit n'a point donné le moindre consentement. Sans doute elles tracent en nous un sillon léger qui suffit pour que nous ne puissions pas les renier tout à fait ; et pourtant elles ne sont point des actes qui nous engagent, ni même à proprement parler des désirs qui nous séduisent ; ce sont des possibilités qu'on ne fait qu'entrevoir, des appels auxquels on ne répond point encore. Mais déjà en les considérant de trop près, en les faisant monter jusqu'aux lèvres pour les avouer, on leur donne une consistance qu'elles n'avaient pas dans ce fond trouble et mêlé où toutes les puissances de la nature humaine commencent à se former et luttent encore pour l'existence. Il ne faut pas qu'une sincérité trop exigeante les éclaire d'une lumière trop vive et, en les découvrant, les fasse pénétrer en nous par surprise avant même qu'elles nous aient appartenu. On n'est pas responsable de toutes ses pensées et les pires sont quelquefois un signe de richesse : mais on est responsable de s'y complaire, de les préférer à d'autres, de chercher à les évoquer et de leur donner par le simple mouvement de l'attention un commencement de réalité.

Les âmes les plus tendres et les plus délicates atteignent plus facilement la sincérité à l'égard de soi que la sincérité à l'égard d'autrui ; car elles craignent la cruauté des paroles et même celle du regard. Et pourtant cette sincérité à l'égard d'autrui est l'image et la suite de l'autre ; seulement elle doit être pleine de discrétion et d'amour ; c'est un don que nous ne pouvons point refuser à autrui sans lui montrer de l'indifférence ou du mépris. Elle n'est pas seulement une simplicité pure de tout intérêt, elle marque la confiance que nous avons dans un autre être et l'estime où nous le tenons. Elle ne nous satisfait pleinement que si elle ne garde aucune réserve ; mais il n'y a point sans doute d'intelligence assez claire et assez sûre d'elle-même pour espérer y réussir : il y faut toutes les forces de l'amour et la profondeur d'une communion entre deux êtres qui surpasse à la fois le pouvoir de l'intelligence et celui du vouloir.

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