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Il semble que, de tous nos états, l'état de parfaite passivité soit le plus facile à obtenir. Car il semble plus facile de subir que d'agir. Pourtant ce n'est là qu'une apparence. Il y a une sorte de passivité, ou de silence de l'âme, qui est aussi le point suprême de l'activité, qui consiste à devenir parfaitement docile et accueillant à l'égard de nos mouvements spirituels, sans les ralentir ou les arrêter par les initiatives de l'amour-propre. C'est un état d'innocence bien éloigné de cette préoccupation sans objet, qui est notre état le plus constant, et qui nous rend à la fois incapable d'agir et impropre à entendre tous les appels qui nous sont adressés. Il y a dans la passivité un caractère divin : elle est l'ouverture intérieure par laquelle un être, attentif à lui-même, consent à l'inspiration qui le sollicite.

Soit dans la connaissance sensible, soit dans la connaissance spirituelle, nous nous trouvons toujours à la fin en présence d'une révélation à laquelle nous sommes obligés de consentir. Mais c'est ce consentement qui est l'acte le plus pur, à la fois le plus humble et le plus plein, qu'il nous soit possible d'accomplir. La véritable connaissance est une union avec l'être total, c'est-à-dire un confluent de l'activité parfaite et de la passivité parfaite.

Toute l'activité de l'esprit s'exerce en vue de la vérité : mais dès que l'esprit la voit, il devient passif à son égard ; son initiative se fond en une bienheureuse humilité. Il n'a pas de plus grande joie que lorsqu'il croit obtenir la révélation d'une réalité qu'il n'a pas créée : il s'incline devant elle comme devant un don magnifique qui lui est fait. Et il acquiert une confiance dans ses propres forces qui lui donne une sorte d'ivresse. Au contraire, c'est quand il se défie le plus de lui-même qu'il cherche à s'enorgueillir, comme d'une œuvre qui lui appartient, d'une science à laquelle il ne croit pas. Car les hommes ne créent la vérité que dans la mesure où ils se trompent : autrement ils la découvrent.

La perfection de l'activité est obtenue par la disparition de l'obstacle contre lequel elle paraissait s'exercer d'abord : alors l'opposition cesse entre le mouvement intérieur et l'objet auquel il s'applique, entre l'intelligence et la connaissance, entre regarder et voir, entre désirer et sentir, entre être et avoir. La passivité dont nous parlons laisse donc paraître l'essence de notre activité la plus pure qui est également contraire à l'oisiveté et à l'effort, et dans laquelle la contradiction de ces deux états se trouve à la fois résolue et dépassée : car seul l'acte parfait nous donne une impression de suprême loisir, alors que l'oisiveté nous distrait et nous retient ; seul il porte l'effort jusqu'à son terme après avoir parcouru d'un trait toutes les étapes qui l'en séparaient.

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