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Nul ne peut éviter de faire une différence entre les actions et l'acte pur. Un homme d'action engage sa vie dans le temps. Il a de la persévérance : il cherche à déterminer par avance l'avenir. Tous les événements qui s'offrent à lui suscitent et renouvellent son énergie. Il estime une fin par l'effort qu'il doit faire pour l'atteindre ; et les obstacles mêmes auxquels il se heurte semblent le seconder en faisant naître en lui l'ambition de les surmonter. Ainsi, on est unanime à reconnaître que l'action comporte une durée pendant laquelle elle s'exerce, une suite de phases à travers lesquelles elle se réalise peu à peu, des résistances qui l'éprouvent, mais qui la rendent imparfaite et, dans certains cas, la font échouer.

L'acte est plus malaisé à définir. Il a plus de noblesse. Si l'on fait plusieurs fois l'essai de ce beau mot d'acte si parfaitement simple et si parfaitement pur, le seul que toute épithète ne puisse qu'altérer et qu'affaiblir, on se demande s'il ne conviendrait pas de le réserver à quelque usage sacré. L'acte ne connaît ni effort, ni durée, ni lassitude, ni échec, ni répétition, ni diversité. Le propre de l'industrie humaine, c'est de chercher des similitudes, de manière à pouvoir recommencer indéfiniment une action qui a réussi une fois. Mais le propre de l'acte, c'est de produire des effets toujours nouveaux par un principe toujours identique. L'acte établit un lien entre l'éternité et la durée ; par lui-même il est éternel, mais il permet à tous ses effets de s'écouler dans la durée. Nulle action n'est jamais capable de nous satisfaire ; mais l'acte met toujours l'infini dans chacune de nos actions et lui permet, si humble soit-elle, et pourvu que notre esprit lui soit tout entier présent, de nous donner un contentement absolu.

Une activité parfaite et qui répond exactement à sa fin n'occupe pas seulement tout l'espace qui lui est propre ; elle se répand infiniment au delà. Elle remplit l'univers. Il y a en elle une générosité qui ne connaît point de bornes, un amour qui embrasse tout ce qui est, un don de la grâce où la grâce est tout entière présente. Elle ne fait aucun choix. Elle est un simple consentement à la vie. Elle s'intéresse aux plus petits événements et le défaut de matière lui laisse plus de pureté. Elle ne cherche pas à nous élever au-dessus de nous-même. Elle ne connaît point d'exaltation, ni de violence. Elle n'a pas d'exigences. Elle ignore le bien qu'elle fait. Elle est libérale ; elle ne cherche qu'à se communiquer, c'est-à-dire à se donner elle-même. Et c'est un don qui surpasse tous les autres dons, puisqu'il est le pouvoir même de les produire.

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