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La matière résiste à celui qui la prend comme terme de son activité et qui essaie de la forcer ; mais celui qui poursuit un dessein purement spirituel trouve en elle une servante docile qui vient d'elle-même répondre à ses vœux. Car ce n'est pas par une corruption de notre nature que nous sommes obligé de nous tourner vers la matière pour agir, mais par une exigence de notre amour qui ne cesse de créer le monde et de donner à sa création la forme la plus belle.

La matière n'est jamais l'objet de l'activité : elle est seulement le moyen qui lui permet de s'exercer et de revêtir cette forme sensible par laquelle elle est capable d'atteindre les autres êtres, de communiquer avec eux et de les émouvoir.

Au moment d'agir, l'esprit ne doit point se tourner vers la matière comme vers un ennemi qu'il chercherait à réduire. Il est même impossible que l'esprit agisse jamais sur la matière. Il ne peut agir que sur lui-même, c'est-à-dire sur ses propres idées : mais la matière suit. L'esprit ne cesse de poursuivre un mouvement qui lui est propre et, sans les avoir cherchés, il produit ainsi dans le monde visible des effets qui traduisent tous ses succès et tous ses échecs intérieurs.

Nous imaginons du moins pouvoir agir directement sur notre corps. Mais l'effort que nous faisons pour régler ses démarches n'est souvent qu'un acte impuissant par lequel notre esprit devient son esclave. C'est celui qui a le moins de sollicitude pour son corps qui le dirige avec le plus de sagesse pourvu qu'il fortifie en lui ce principe de vie dont le corps n'est que la figure.

De même, à défaut d'un amour de charité qui nous porte vers un autre être par un élan intérieur, il arrive que nous nous servions de la matière avec une sorte de fièvre pour témoigner, par la générosité de nos dons, ce sentiment que nous souffrons de ne point éprouver. Mais c'est une défaite par laquelle nous cherchons à nous tromper nous-même : notre action a un sens trop apparent parce qu'elle n'est elle-même qu'une apparence d'action. C'est seulement lorsqu'elle est l'éclosion d'un germe intérieur, qui lui donne la vie et la croissance, qu'elle peut trouver place dans le monde. Mais alors elle est inaccessible à l'échec. On n'a plus besoin de la vouloir : elle se produit d'elle-même au moment même où il semble qu'elle est devenue inutile. Elle est parfaite et invisible : elle ne fait plus qu'un avec l'âme qui la fait être.

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