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Tout acte consiste à dire oui, tout acte est un acte de consentement ; car toute activité vient de Dieu et la seule chose qui nous soit laissée, c'est de l'accueillir ou de la repousser. Mais ce consentement que nous donnons à Dieu nous réunit à Dieu si étroitement que c'est Dieu même qui semble le donner en nous ; et pourtant c'est quand son action se fait sentir sous sa forme la plus irrésistible que nous sommes le plus nous-même.

Le pouvoir de Dieu ne limite pas notre activité, mais l'alimente. Ceux qui appliquent leur volonté à une œuvre personnelle peinent beaucoup et produisent peu de fruit. La volonté a un rôle plus modeste : c'est de faire taire la voix de l'amour-propre quand il nous incite à agir, d'éviter le divertissement, de nous disposer à accueillir la lumière intérieure et à laisser s'exercer en nous une puissance plus parfaite qu'elle-même, qui nous permet d'engendrer par une nécessité naturelle, avec aisance et avec joie, des œuvres beaucoup plus belles que toutes celles qu'elle aurait pu produire.

Ainsi, il faut distinguer en nous deux sortes d'activité : une activité qui nous dépasse, mais qui nous éclaire et qui nous conduit, une activité individuelle qui se soumet à l'autre ou qui lui résiste. Mais lorsqu'elle se soumet, elle souscrit pour ainsi dire à sa propre abolition ; alors l'autre semble régner toute seule : mais du même coup les fins capables de satisfaire l'activité individuelle sont si parfaitement remplies que celle-ci, en recevant la connaissance, la puissance et la joie, a l'illusion de se les être elle-même données.

Toute activité est supérieure à celui qui l'exerce : il appartient à chacun de nous, en acceptant d'y participer, de se donner l'être à lui-même. Mais c'est une acceptation qui doit être sans cesse renouvelée, puisqu'elle nous maintient dans l'existence en maintenant notre union avec Dieu. Dès que nous cessons de la donner, il semble que l'existence nous échappe et nous ne sentons plus que la misère de notre état et l'impuissance de nos désirs. Au contraire, la marque de la vie spirituelle, c'est d'abolir la différence entre la volonté de Dieu et notre volonté propre ; c'est d'empêcher celle-ci de poursuivre une destinée séparée et de se retourner contre le principe même qui la fait être.

Au moment où cette séparation cesse, où l'unité de l'individu et du Tout se rétablit après avoir été rompue, nous découvrons en nous l'indépendance personnelle que nous pensions avoir abandonnée et la liberté intérieure à laquelle nous craignions d'avoir renoncé. C'est qu'en nous unissant à Dieu, nous devenons avec lui les ouvriers de la création. En cessant d'être extérieur à lui, nous cessons d'être extérieur à nous-même. Nous sommes délivré de toutes les contraintes qui nous retenaient, de toutes les préoccupations qui nous troublaient, des servitudes naturelles, des chaînes de l'habitude et du poids du passé. Nous acquérons l'initiative, l'espérance et la joie ; notre vie devient une naissance ininterrompue.

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