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L'expérience la plus dramatique que je puisse faire, dès que ma conscience s'y applique, est celle de ce mouvement par lequel je remue mon corps, par exemple mon petit doigt, et qui me révèle le mystère de mon initiative et le miracle de ma puissance. Elle nous rend présente et vivante à chaque minute la parole de Gœthe : Au commencement était l'acte, l'acte qui est le commencement de toutes choses. Tous les modes de l'être sont les modes d'une activité qui tantôt triomphe et tantôt succombe. Je suis là où j'agis. L'acte est le premier moteur par lequel je ne cesse de créer à chaque instant ma propre réalité. Si je me sépare de tous les objets et de tous les états qui me retiennent et me dispersent pour chercher, en poursuivant indéfiniment ma propre purification intérieure, l'essence radicale de mon être, je n'y découvre rien de plus qu'un acte qui, pour s'exercer, n'a besoin que d'un consentement pur.

Les pessimistes pensent que le propre de l'activité, c'est seulement de nous arracher à la douleur et à l'ennui, et par conséquent de nous divertir. Mais quelle est donc cette vie dont l'activité est chargée de nous divertir ? Quel est son affreux secret ? Peut-on la distinguer de l'activité elle-même ? Seul l'être qui agit la connaît, puisqu'il accepte d'y pénétrer et de collaborer avec elle. Mais alors il abandonne tous les doutes, tous les regrets qui jusque-là, en effet, l'empêchaient de vivre.

L'acte délivre l'être fini de toutes ses chaînes : du désir, de la crainte, de la paresse et de l'ennui. Il ne lui permet plus de se mettre à part de la création, en gardant encore la prétention de la juger ; il le fait participer à la puissance créatrice. Aussi ne faut-il jamais se préoccuper de l'état, qui n'exprime que notre limitation, mais seulement de l'acte, qui exprime notre essence. Il ne faut pas avoir de regard pour le monde, mais seulement pour l'activité qui, à chaque instant, à la fois en nous et hors de nous, le fait être.

Car chaque vie est un accomplissement, c'est-à-dire un acte qui ne cesse de se réaliser ; aussi, dès que notre activité fléchit, nous succombons aux misères de l'amour-propre, tout nous est à charge et le pire, c'est que nous sommes à charge à nous-même. Mais dès qu'elle se ranime, elle ne peut plus avoir d'autre fin qu'elle-même, elle ne laisse plus à l'amour-propre la place de naître. Car elle est le rien qui a le pouvoir de tout devenir, c'est-à-dire de tout se donner.

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