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Comme le corps est placé dans l'espace, l'âme est placée dans l'esprit pur ; et comme le mouvement du corps nous révèle sans cesse de nouveaux objets, le mouvement de l'attention nous révèle sans cesse de nouvelles idées. Mais, comme un objet n'est point la propriété de l'œil qui le voit, l'idée n'est point la propriété de l'âme qui la pense. La connaissance est un voyage plein de surprises dans le monde des idées : chacun dirige sa propre marche, mais nul ne prévoit les révélations qui lui seront faites. Et les esprits sont comme les corps : il y a une ressemblance entre tous ceux qui habitent le même site et qui contemplent habituellement le même horizon.

Quelle admirable chose que la méditation ! Sans l'emploi d'aucun moyen matériel, en faisant taire seulement l'amour-propre, en fermant la porte à toutes les sollicitations du dehors, en refusant l'accès à toutes les préoccupations individuelles qui nous retiennent et nous divertissent, par la seule disposition de l'attention qui se prête à la lumière intérieure et écoute les voix qui naissent au dedans, grâce à l'humilité d'un simple acte de consentement, on voit se lever en soi un spectacle miraculeux : les idées endormies s'éveillent, se dressent, s'assemblent en des chœurs, disparaissent et reparaissent comme pour nous dévoiler leur forme toujours semblable et toujours variable, la souplesse et le rythme de leur vie secrète, la constance mobile de leur éternelle présence et ce bel accord qui les unit comme les filles d'un unique amour.

Elles n'acceptent pas d'être saisies d'une main trop hardie, ni même regardées avec trop de convoitise. Elles ne se plient pas à notre volonté, ni aux artifices grossiers de notre méthode. Elles ne meurent point, mais elles s'échappent dès qu'on veut les capter ou seulement les retenir. Voix silencieuses, formes sans contour, pas qui demeurent, les idées nous introduisent dans un monde lumineux où notre âme naît à la vie éternelle. Elles sont étrangères elles-mêmes à la naissance et à la mort. Elles ne cessent pas d'être quand nous cessons de les contempler ; elles n'occupent point de place ; elles ne changent point de lieu ; elles ne pénètrent point en nous ; elles nous accueillent plutôt parmi elles et notre âme encore timide s'ouvre à la vérité et à l'amour en devenant sensible à leur divine présence.

Mais comment diriger notre regard vers elles avant de les connaître ? Et si elles sont toutes ensemble à la lisière de l'attention, quelle est celle qui va répondre à notre appel ? Notre corps est toujours retenu en un point de l'espace, notre vie toujours engagée dans une aventure, notre sensibilité toujours ébranlée par une émotion ; il suffit, pour pénétrer dans le monde des idées, non pas de nous détourner de ces événements, mais de consentir à en découvrir le sens et, pour ainsi dire, à les envelopper dans l'atmosphère radieuse du désintéressement pur. Chacun d'eux est la touche sensible d'une idée. Qu'il soit aussi le porche par lequel nous accéderons dans le monde de la grâce divine : incapables, sans être détruits, de nous élever jusqu'à l'unité parfaite, nous sentirons celle-ci partout présente et comme répandue dans la variété innombrable de ces beaux êtres de pensée, immortellement jeunes et immortellement purs, qui ne cessent de nous révéler, sans l'altérer et sans l'épuiser jamais, toutes les faces de la vérité.

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