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Il semble qu'il y ait toujours dans l'inspiration une sorte de violence qui nous est faite : toutes les puissances de notre vie intérieure se trouvent pour ainsi dire soulevées et portées au-dessus d'elles-mêmes sans qu'aucun consentement nous soit demandé. Mais ces grandes émotions, ces mouvements confus qui ébranlent tout l'être ne doivent pas être recherchés : il faudrait plutôt les retenir que les provoquer. Ils n'ont de valeur que par la source qui les alimente : elle est souvent impure. Il n'y a point de passion qui, au moment où elle nous saisit, ne produise une agitation de la chair. On ne doit pas se complaire dans ces touches mystérieuses qui marquent la faiblesse de notre corps et non point la perfection de la puissance qui le traverse.

Mais il y a toujours dans l'inspiration un effort douloureux qui la fait ressembler à une parturition à la fois inévitable et pleine d'élans volontaires. Elle nous montre avec une admirable netteté que toute création est à la fois une nécessité naturelle et une délivrance. Aussi, à côté de la joie qu'elle nous donne, est-il indispensable qu'elle nous fasse souffrir ; car elle témoigne d'un mépris absolu à l'égard de notre être individuel qui est momentanément refoulé, qui doit rétracter toutes ses puissances propres dans une sorte d'immobilité et de sommeil pour cesser d'être un obstacle et devenir un chemin au flux qui l'envahit, qui ne sert plus qu'un dieu étranger dont il est devenu le véhicule. Il garde encore une demi-conscience de lui-même, mais c'est pour sentir cette contrainte qui lui est faite, pour percevoir, dans un involontaire regret, que tous les biens auxquels il était attaché, ses souvenirs, son savoir, ses affections et ses désirs sont rendus inutiles, maintenant qu'il est emporté par un mouvement plus puissant et qui a une origine plus haute. Mais le moi individuel refuse de succomber : il veut conduire ses affaires lui-même ; il défend sa propre faculté d'examiner et de juger comme si elle était la sauvegarde de son être même.

Pourtant, il désire que ce qu'il cherche finisse un jour par lui être donné et il faut bien qu'il consente alors à se laisser vaincre. Il doit s'anéantir pour être comblé. Et il suffit que sa jalousie cesse pour qu'il sente pénétrer en lui une grâce surnaturelle par laquelle il est à la fois dissous et régénéré. Mais alors l'inspiration cesse de ressembler à une exaltation intérieure par laquelle nous produirions un monde nouveau dans une sorte d'ivresse. Quand elle atteint sa forme la plus parfaite et la plus pure, le moi n'est plus forcé par elle : elle n'est qu'un calme et même un vide de l'âme, une ouverture sur un monde à la fois très profond et très proche dont l'accès nous était refusé jusque-là et qui tout à coup nous est révélé.

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