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L'esprit ne peut maintenir son unité et sa force que s'il s'attache à une seule idée. Car il n'y a pas d'idée qui ne soit assez grande pour remplir toute la capacité de l'esprit et, jusqu'à ce qu'elle l'ait fait, nous ne la possédons pas tout entière. Il importe de laisser au regard son unité plutôt que de lui offrir un spectacle trop étendu. Mais chaque idée est un foyer autour duquel se propagent des ondes de lumière qui dilatent sans cesse son horizon. Tant qu'elle n'a pas épuisé sa puissance de rayonnement, il ne faut pas la laisser échapper.

Car il n'y a qu'une idée qui puisse exprimer notre vocation intellectuelle ; il n'y a qu'une perspective à travers laquelle notre conscience personnelle soit capable d'embrasser la totalité du monde : en dehors d'elle, nous pouvons bien encore imaginer le réel, mais non plus le percevoir. Nous portons en nous pendant toute notre vie, parfois à notre insu, une même pensée. Elle reparaît sans cesse dans notre conscience ; mais nous ne la reconnaissons pas toujours parce que, au moment où elle nous montre une de ses faces, elle nous voile toutes les autres : elle ne consent, pour ainsi dire, à nous les découvrir que tour à tour. Ainsi nous n'avons jamais achevé de recueillir toute la lumière ; nous cherchons toujours à la posséder plutôt que nous ne la possédons ; elle est toujours pour nous à la fois familière et inconnue : elle ne cesse jamais de nous apporter une nouvelle révélation.

Ne cherchons point à changer la vision du monde qui nous est propre, puisqu'il suffit de la garder pour qu'elle ne cesse de s'agrandir : le monde entier peut y tenir. Ne cherchons point à quitter l'idée qui répond le mieux au vœu de notre être : car elle est capable d'éveiller toutes les puissances de notre conscience.

Il est vrai que notre pensée vit de changement ; mais il ne faut pas que ce changement vienne d'elle : il marque l'influence de la réalité qui la sollicite et la presse, la variété des circonstances auxquelles il faut qu'elle se plie. Mais notre pensée tient toujours d'une même idée sa lumière et son élan : si humble que cette idée paraisse, elle peut avoir en nous un retentissement infini ; et l'on n'est point éclairé ni ému sans reconnaître sa présence qui nous apporte toujours la même force et la même douceur.

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