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Le nombre des idées est parfois une faiblesse pour l'esprit autant que leur rareté : il ne faut pas que l'esprit soit vide, ni qu'il déborde. Son rôle est de saisir, mais à condition qu'il puisse étreindre. Trop d'activité lui nuit et trop peu. Rien n'est plus difficile pour lui que de trouver une démarche mesurée et qui suive un cours naturel et harmonieux.

Certains sont obstrués par l'abondance des idées qui surgissent naturellement de leur propre fond et deviennent incapables d'accueillir aucun appel venu du dehors : le mouvement qui les anime ne laisse en eux aucune surface plane sur laquelle l'influence des choses puisse s'inscrire. D'autres sont trop plastiques et aptes à recevoir trop d'empreintes : mais ils n'ont pas assez de mouvement pour que l'action qui les ébranle fasse du chemin dans leur vie intérieure ; ils se contentent de porter à chaque instant la marque de ce qu'ils subissent.

L'esprit doit toujours accorder en lui deux qualités contraires : l'étendue, qui lui permet d'embrasser un vaste domaine où la multiplicité des formes de l'être révèle toute la richesse du monde, et la profondeur qui lui permet de descendre assez loin en lui-même pour y découvrir la racine de tout ce qui est. Il ne faut pas qu'il ait trop d'ouverture, car il deviendrait comme un miroir qui, pour refléter trop de choses, perdrait toute sa limpidité, ni trop peu d'ouverture, car il deviendrait comme un miroir qui, pour garder sa limpidité, cesserait de rien refléter.

L'attention doit demeurer tranquille, confiante et toujours de loisir. Il y a parfois en elle une sorte d'avidité qui provient de l'amour de soi, qui cherche à prévenir le contact avec le réel et qui gêne l'esprit au lieu de le servir. Tous les hommes ont assez de lumière : mais il y en a peu qui aient assez de simplicité pour s'en contenter. La plupart sont pleins d'impatience et sautent au delà de ce qu'ils voient ; ainsi, incapables à la fois de recueillir la lumière qui leur a été donnée et de se donner à eux-mêmes celle qu'ils convoitent, ils demeurent toujours dans l'obscurité.

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