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L'ardeur de l'intelligence est une ardeur de tout l'être ; elle suppose l'ardeur des sens. Celle-ci, il est vrai, risque de divertir l'intelligence et de l'aveugler : il arrive qu'elle la fasse succomber. Mais sans l'ardeur des sens l'intelligence languit : elle a besoin de ce feu qui la ranime et qu'elle ne cesse d'entretenir. Il y a en eux une puissance de pénétration dont elle aiguise l'extrême pointe. Il ne s'agit donc pas de vaincre les sens, mais de les faire servir à l'ébranlement de l'intelligence qui seule peut leur donner un véritable apaisement. Toute connaissance affine et purifie l'action de quelque sens ; et l'intelligence n'abolit pas la sensation, mais la perfectionne et l'achève. La flamme qui s'est nourrie des matériaux les plus impurs peut se terminer en un pinceau de lumière pure. La vie est un grand mouvement de désirs comblés et renaissants : il faut qu'ils se soutiennent, au lieu de se combattre ; et les plus imparfaits, qui sont souvent les plus violents, nous confèrent une puissance dont il nous appartient de relever l'emploi.

Gœthe disait : « Quand on ne parle pas des choses avec une émotion pleine d'amour, ce qu'on dit ne vaut pas la peine d'être rapporté. » Et Madame du Deffand, avec plus de vivacité : « Allez, allez, il n'y a que les passions qui fassent penser. »

Celui qui n'a jamais senti en soi la pointe du désir sensible demeure toujours extérieur à ce qu'il connaît : il ignore les délicatesses, les pudeurs, les défenses de celui qui cherche la connaissance parce qu'il met la joie supérieure de la solitude dans l'attente anxieuse que cette solitude même se rompe. Et l'intelligence ne lui fournit que d'ingénieux artifices : car l'intelligence ne peut pas voir la vérité sans que l'âme soit touchée.

Le contact avec le réel émeut toujours la partie la plus intime de notre être : il suffit que celle-ci demeure sourde pour que la nature paraisse sans voix. Il faut aller au-devant des choses avec toute l'activité de la pensée et de l'amour : penser et aimer, c'est découvrir notre présence dans le monde, c'est sentir et réaliser entre le monde et nous une unité surnaturelle. La connaissance ne peut donc pas être séparée du désir : elle est un désir d'union avec la totalité même de l'Etre. Mais il y a entre l'intelligence et son objet une sorte d'appel réciproque. Aussi l'objet semble se porter vers l'intelligence par un mouvement d'amour : il y a en lui un besoin de féconder l'intelligence qui le reçoit en elle et l'environne de lumière. Il ne cesse de faire le don de lui-même, pourvu qu'à son tour il soit désiré.

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