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La beauté des images que l'on voit dans les miroirs ne vient pas de la beauté des objets qu'ils reflètent, mais de la perfection et de la pureté de leur surface. La moindre inégalité de niveau, la moindre poussière suffisent à déformer l'image, à la mutiler, à la rendre méconnaissable. Le miroir est semblable à un regard. Les regards qui ont le plus de clarté et de profondeur sont ceux qui reçoivent et qui renvoient le plus de lumière : et l'on ne sait plus si cette lumière vient de leur propre fonds ou s'ils se bornent à la recevoir. Comme les miroirs, ils nous livrent tour à tour les aspects les plus changeants du réel à travers leur invisible présence ; et ils ne sont point altérés par ces images passagères ; ils n'en retiennent aucune trace. Le pur regard enfin ne saisit du réel que de fragiles couleurs que la main est hors d'état de saisir, de même que le miroir représente les objets derrière lui en un lieu d'où leur substance s'est échappée.

Il y a dans le libre mouvement des paupières une image de l'attention volontaire. Car il nous appartient d'ouvrir les yeux et de les fermer ; mais il ne nous appartient pas de créer le spectacle qui leur est offert.

Le regard ne produit pas la lumière : il ne fait que l'accueillir. De même, l'acte le plus parfait de l'intelligence est un acte d'attention pure. Mais la vision est la joie du regard ; quand il voit, le regard perd son indépendance et semble s'abolir : c'est qu'il ne fait plus qu'un avec son objet.

Comme l'œil, l'esprit a sa pupille, qui doit laisser pénétrer la lumière et qui devient plus étroite à mesure que la lumière est plus vive. Dès qu'on lui donne passage, la lumière s'infiltre partout comme l'eau. Mais notre amour-propre lui oppose sans cesse de nouveaux écrans. Le rôle de l'attention c'est d'ôter l'écran. Aussitôt, par l'ouverture, la lumière nous inonde.

C'est parce que le regard réfléchit la lumière qu'il apparaît lui-même comme lumineux. Il est aussi difficile de fixer le regard que de fixer l'éclat de la lumière. Et pourtant il n'y a pas de connaissance aussi simple, ni aussi pénétrante, que celle qui se réalise par la rencontre des regards : les yeux révèlent la direction du désir, l'ardeur par laquelle il prend possession de tous les objets qui lui sont offerts ; dans un contact d'un instant, ils livrent l'être ou le refusent.

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