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La conscience est un monde intime et clos que nous découvrons dans une sorte de tremblement. Et l'attention que nous portons à sa vie cachée nous montre en elle un jeu infini de nuances différentes, devient le principe de toutes les délicatesses de notre sensibilité et multiplie en nous les froissements et les blessures. A mesure que croît notre être invisible, notre amour-propre croît aussi.

Il y a une forme de vie intérieure qui consiste à ne laisser aucun de ces frissons sans le retenir pour le prolonger et pour s'y complaire. Mais ce retour du moi sur lui-même produit en lui une sorte de resserrement ; il ne lui donne qu'une possession illusoire qui l'exténue et l'empêche de se renouveler et de s'accroître.

Il faut descendre plus avant dans l'intimité pour découvrir en soi un autre monde dans lequel l'amour-propre, au lieu de s'affiner, se dissout ; mais chacun de nous ressent une émotion incomparable en faisant l'épreuve de sa richesse, de sa profondeur et de son infinité : c'est un monde dans lequel nous sommes tous appelés à communier. Devant lui le monde apparent recule et perd sa réalité : nos soucis misérables se fondent ; notre vie s'illumine et se transfigure. Dira-t-on que c'est là un pays lointain et ignoré dans lequel on ne peut pénétrer sans une grâce surnaturelle ? Il est vrai que celui qui en parle semble tenir un langage mystérieux, chimérique, dépouillé de tout intérêt humain. Mais, en prêtant mieux l'oreille, on reconnaît peu à peu tous les mots. Car ce voyageur vient du paradis, d'un paradis spirituel que chacun porte en soi et qu'il suffit de désirer pour le découvrir et y vivre.

De toutes les formes de vérité qui se révèlent à nous, celle qui est véritablement nôtre et qui nous découvre tel que nous sommes est si unique et si personnelle que nous osons à peine la dire et que nous ne réussissons jamais à la communiquer tout à fait : l'intimité la plus profonde est aussi l'intimité la plus close. Ce sont pourtant les mêmes hommes qui sont incapables de toute intimité véritable avec eux-mêmes et avec autrui. Car, dans les deux cas, l'intimité ne peut se produire qu'au moment où l'amour-propre est aboli. Mais alors il se forme dans la conscience un sanctuaire intérieur où tous les êtres ont accès selon leur degré de sincérité et où ils reconnaissent l'identité de leur commun secret. Car l'essence de la conscience, c'est d'être impénétrable et de tout pénétrer : et elle pénètre tout ce qui est sans sortir d'elle-même. Ainsi, c'est la conscience qui s'est retirée le plus loin au cœur d'elle-même qui est aussi la plus accueillante ; c'est elle qui donne le plus et qui reçoit le plus et même elle ne fait plus de distinction entre donner et recevoir.

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