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La pureté est une vertu simple et sublime qui produit en nous le silence des passions et dorme tout à coup au monde une telle transparence que nous retenons notre souffle de peur de la troubler. La pureté est le miracle du naturel.

Elle fait tomber l’apparence comme un voile inutile. Elle abolit toute distinction entre la réalité et la connaissance, comme si la connaissance la plus fidèle était encore impure ; elle nous donne cette impression étrange de n’en avoir plus besoin, et de nous rendre la réalité même présente.

La pureté ne se distingue pas de la lumière. Et aucun objet n’est pur que par la lumière qui l’éclaire. En elle on voit tout le reste et il semble qu’on ne puisse la voir elle-même. C’est qu’elle n’est rien de plus que la vérité de tout ce qui est. Alors elle donne à l’atmosphère tant de limpidité que les objets sur lesquels le regard s’arrête paraissent émaner d’elle, au lieu de la rompre.

En elle, les choses et le sens ne font qu’un. Elle leur donne ce visage familier qu’il nous semble pourtant découvrir pour la première fois et nous éprouvons un étonnement que tout motif d’étonnement nous soit ainsi retiré devant elles. Elles retrouvent la nudité de leur innocence première comme si Dieu, sans nous montrer sa propre face, se rendait visible pourtant dans le don qu’il nous a fait d’elles.

Le réel est toujours pur. Il n’y a que l’amour de soi, c’est-à-dire l’abus que nous faisons des choses, qui peut altérer leur fin naturelle et rendre impures les plus belles. La pureté réduit chaque chose à sa seule essence ; elle met à nu ce qui la fait être ; elle fait paraître son point de conformité avec la volonté de Dieu. Alors elle nous découvre un monde si secret et si beau que nous osions à peine en soupçonner l’existence ; il semble qu’elle suffit à le créer, et elle dissipe le monde troublé où nous pensions vivre jusque-là comme un rêve obscur et inconsistant.

L’art le plus beau est aussi le plus pur. C’est celui qui surpasse et abolit tous les prestiges ; il rend visible la vérité invisible ; il donne aux choses les plus humbles une incomparable profondeur spirituelle et aux plus profondes la simplicité et le naturel.

Il n’y a pas de chose belle qui ne soit pure. La pureté embellit toute chose. Elle est la mesure même de sa valeur. C’est en la dépouillant de tous les éléments étrangers qui la recouvrent et qui la dissimulent qu’elle nous montre sa plénitude, comme on le voit dans ces expressions : l’entendement pur, la volonté pure, le pur amour. Une âme qui est pure est la seule qui puisse recevoir en elle la beauté de la lumière et de l’amour.

La pureté exclut tout mélange, non point qu’elle retire rien au réel, mais au contraire parce qu’elle le saisit lui-même dans son unité, sans rien y ajouter qui, venant de nous-même, ne peut manquer de l’altérer et de le corrompre. Loin d’être abstraite et de supposer toujours un choix et un retranchement, il y a en elle cette parfaite unité qui est une infinité présente, rebelle à toute analyse.

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