La pureté est une transparence vivante : c’est la vertu des sources. Quand nous voyons le réel dans un jour assez pur, nous le voyons naître.
La pureté est indivisible : tout ce qui ternit la pureté du cœur ternit aussi la pureté de la pensée et celle du vouloir. Elle anéantit le sens propre : elle nous délivre de toute préoccupation personnelle, elle met à nu l’existence même des choses et nous permet de participer à l’acte profond par lequel elles se réalisent.
La pureté est de vouloir que les choses soient ce qu’elles sont. L’impureté est de vouloir qu’elles soient autres et par conséquent de les penser par rapport à nous, d’introduire en elles le ver du mensonge ou le ver de la convoitise.
La pureté ne récuse rien de ce qui est devant elle : elle ne songe ni à le modifier, ni à y ajouter. Elle perçoit dans le monde, non pas seulement une diversité qui l’émerveille et qui prévient sa réflexion, mais une hiérarchie à laquelle elle se sent accordée avant que sa volonté ait à intervenir.
Elle-même ne nous apporte rien. Elle permet que tout nous soit apporté. Elle tremble d’introduire dans le réel la moindre haleine qui le ride. Elle est muette et interrogative.
L’âme ne possède rien, mais elle peut tout accueillir. Tout est pour elle offrande et don. Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. Mais Narcisse ne veut voir que lui-même. Quand on a le cœur pur, on reçoit tous les dons. Mais Narcisse ne veut recevoir que lui-même pour don.
L’impureté est de vouloir garder pour soi des biens qui sont offerts à tous et, en faisant le geste de les retenir pour empêcher qu’ils ne s’échappent, de les faire en effet s’échapper.