La pureté pénètre dans nos retraites les plus lointaines : elle dissout cette lie d’égoïsme, cet amas de faux intérêts, ce mélange de crainte, de suspicion et de bassesse que les préjugés avaient formé en nous pour ainsi dire malgré nous. La pureté le traverse et passe au-delà. Le monde n’a plus pour elle de fond ténébreux : elle descend jusqu’à la source claire de la vie. Il arrive qu’elle laisse voir sans rougir ce que l’on est habitué à cacher sans soupçonner qu’il puisse être regardé. Mais elle donne toujours à la nature elle-même une sorte de rayonnement. On peut la définir à la fois comme l’absence et le sommet de la pudeur.
Quand la plupart des hommes admirent que la pureté permette ainsi à un être de ne laisser rien voir que ce que l’on pourrait regarder comme son propre secret, cet être qui est pur admirerait qu’il pût en être autrement, ou qu’il y eût rien dans aucun être qui pût mériter le nom de secret. Les êtres purs ne se montrent jamais, bien qu’il n’y ait qu’eux dont on voie le fond. C’est qu’il n’y a pas pour eux de différence entre se montrer et être. Ce qu’ils nous découvrent, c’est la perfection de leur nature dont l’équilibre est si juste qu’il la rend invisible, comme Dieu, l’eau, la lumière et la vertu. Elle ne laisse paraître aucune pensée, aucune action, aucun sentiment particulier que l’on pourrait opposer à d’autres et qui pourraient susciter en nous l’inquiétude d’une limitation ou d’une insuffisance, la pensée d’un avenir et d’un passé qui pourraient être autres. Ou du moins, on les oublie pour percevoir seulement l’essence dont ils témoignent et dont on ne les distingue plus.
Le contraire de la pureté est le souci, qui divise toujours la conscience : mais la pureté abolit tous les conflits de l’être avec lui-même. Un être pur est toujours tout ce qu’il est. La pureté est la qualité de l’enfant qui nous livre toutes ses puissances avant qu’elles soient altérées ou refoulées.
La plupart des hommes trouveraient aisément dans leur cœur, s’ils leur prêtaient attention, les mouvements les plus purs ; mais ils ne consentent ni à les voir, ni à les avouer, ni à les suivre, car ils craignent naturellement d’être regardés comme dupes et d’être méprisés.