La pureté est un acte de présence à soi-même et au monde. Il n’y a point d’acte qui soit plus difficile à accomplir : tout divertissement qui brise l’unité de notre être est impur. C’est une inclination de l’âme vers ce qui lui est étranger, vers ce qui est périssable, et déjà une fuite vers le néant : elle ne reçoit jamais de nous un véritable consentement. Personne ne se livre au divertissement avec une parfaite liberté intérieure et une absolue sincérité : ce n’est point l’amour qui nous mène vers lui, mais le défaut d’amour.
La pureté crée dans la conscience un vide actif : elle est à la fois attente et attention, confiance et appel et nous laisse toujours les mains libres.
L’impureté trouble le clair rapport de la volonté avec notre pure essence : elle nous oblige à nous laisser séduire par des objets extérieurs à nous et au-dessous de nous, qui rompent notre activité spirituelle et l’obscurcissent. Garder la pureté, c’est savoir s’abstenir, c’est réserver cette pure essence de nous-même, c’est-à-dire la volonté que Dieu a sur elle, c’est empêcher qu’elle s’altère, beau mot si simple et si nu qui suffit à désigner toutes les corruptions.
On dit la pure nature et on dit aussi l’esprit pur, mais la volonté qui les joint risque toujours de rendre l’un et l’autre impurs.
La pureté est la vertu de l’innocence, mais nous ne cessons de la perdre pour la reconquérir. Et c’est pour cela que notre vie spirituelle se réduit toujours à une œuvre de purification. On peut la concevoir sous deux formes différentes et pourtant convergentes : sous une forme négative qui nous conduit à détourner notre regard de tout ce qu’il y a en nous et hors de nous de bas et de vil, et qui suffit à produire sa forme positive ; à rétablir en nous ce qu’il y a de meilleur, l’élan spirituel, l’innocence première que toute cette ombre dissimulait. Ainsi elle transforme le mal en bien sans nous obliger à lutter contre lui.
Elle ne chasse pas les mauvaises pensées, mais elle les empêche d’arriver au jour, non point qu’elles ne montrent jamais leur visage, mais une pensée meilleure leur barre aussitôt le chemin.
La nature, dit saint François de Sales, produit « les pampres et les feuilles en même temps que les raisins, et il faut sans cesse l’effeuiller et l’ébourgeonner ». Il y a deux instruments de purification : la douleur, qui nous oblige à nous détacher des choses, et la mémoire, qui, une fois qu’elles nous ont quittés, nous oblige à les spiritualiser.