La pureté du regard qui livre tout l’être sans avoir besoin de recourir à aucun mouvement, à aucun geste, à aucun signe, à aucune parole qui, détruisant son unité, substitueraient à son essence éternelle son état ou sa volonté d’un moment, nous rend sensible, sans aucune image ni aucune arrière-pensée, cette sorte de communication réciproque et sans objet qui s’établit entre les différents êtres dans la participation à une même vie et la contemplation du même univers.
La pureté du sourire, en détendant tous les traits, non seulement cesse d’exprimer certaines émotions ou certaines passions particulières, mais témoigne bien plutôt de leur abolition : il ne subsiste plus en nous que l’accueil même fait à la vie, un mouvement immobile où le corps et l’esprit ne font qu’un. L’individu s’est dissous, il cesse d’être perçu, il nous apporte la révélation d’un ordre spirituel dont il est à la fois l’instrument et le véhicule.
La pureté atteste le jet naturel d’un être qui est enraciné dans le réel et remplit en lui la fonction qui lui est dévolue avec une aisance tranquille qui exclut à la fois l’artifice et la négligence. Elle surmonte l’opposition de la spontanéité et de la réflexion, car elle n’a pas besoin de la réflexion, de telle sorte que tout en elle paraît se faire spontanément. Et pourtant elle ressemble moins à ce mouvement instinctif et sans cesse renaissant qu’à l’acte immobile de présence constante à soi-même par lequel notre essence même se réalise.
La pureté donne à toutes les choses matérielles un visage spirituel : elle ignore le calcul, l’effort et le mérite. Elle réalise une sorte de coïncidence entre la nécessité et la liberté, entre la grâce et la nature. Elle accompagne une joie tranquille, faite d’apaisement et de consentement où toute la profondeur de l’existence est d’abord mesurée, où toute la douleur qu’elle pourra nous apporter est d’avance acceptée.