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On convient aisément que la passion peut être tantôt bonne et tantôt mauvaise. Mais de sa valeur on possède maintenant un assez bon critère. C’est que tantôt elle produit tous ses mouvements en elle-même et tantôt hors d’elle-même ; tantôt le moi, pour s’agrandir, se porte vers un objet extérieur qui est réellement fini et qui lui paraît infini, tantôt il ne cherche qu’à s’approfondir en trouvant au fond de son essence finie une destination infinie : de telle sorte que l’une ne peut trouver de séjour, puisqu’elle tend d’un mouvement infini vers un objet qui est fini et qui la déçoit dès qu’elle l’atteint, tandis que l’autre le trouve justement dans ce même mouvement infini qui ne lui manque jamais, puisque aucun objet fini ne réussit à le borner ni à le suspendre. Le séjour de la passion en elle-même prouve suffisamment que notre vie a découvert en elle sa véritable fin, que l’absolu lui est devenu présent, qu’il l’éclaire, la soutient et la nourrit. Car il n’y a que la rencontre de l’absolu qui puisse expliquer l’absolu de la passion ; ce qui suffit pour comprendre que l’activité qui tend vers lui, mais qui procède de lui, puisse être à la fois exercée et subie : ce qui est le propre de toute passion véritable.

La passion est mauvaise quand elle produit un désarroi du corps et de l’âme que la réflexion, qui s’y ajoute pour l’éprouver, ne cesse elle-même d’accroître. Elle est bonne quand elle les guérit de leur langueur, quand elle leur donne plus de mouvement, quand elle réalise leur accord.

La passion mauvaise nous plonge dans les ténèbres et dans la détresse et la bonne ne nous apporte que du contentement et de la lumière.

La passion mauvaise s’interroge à la fois sur la valeur de son objet et sur son rapport avec nous et celle qui est bonne sur le second point seulement.

L’une cherche toujours à se justifier par le raisonnement, mais sans parvenir à se convaincre, et elle ne vit que de sophismes. L’autre n’en a pas besoin et les repousse : il lui suffit de contempler son objet pour retrouver la sécurité. L’une nous rend esclave de nous-même, c’est-à-dire de notre corps, et l’autre, en nous délivrant, délivre notre âme. L’une retire son sens à notre existence et l’autre le lui donne. L’une est destructrice et l’autre créatrice de nous-même et du monde.

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