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La raison est la plus belle de toutes nos facultés, à condition que l’on n’en fasse pas la faculté qui raisonne, mais la faculté qui mesure. Au lieu d’essayer par le labeur et l’artifice de tirer d’une vérité supposée quelque conséquence subtile et que l’expérience n’a point encore éprouvée, il faut qu’elle reste le pouvoir de juger, c’est-à-dire de donner à chaque chose sa place et sa valeur à l’intérieur d’un Tout dont elle ne perd jamais la présence de vue.

La raison ne réside pas, comme on le croit souvent, dans l’abolissement des passions, mais dans une discipline qui leur est imposée, qui les ratifie et qui leur donne la lumière et l’efficacité. Faire appel à la raison d’abord, c’est dire non à la vie, avant son premier jet. N’est pas raisonnable l’homme inerte et insensible par un effet soit de la nature, soit de l’exercice, mais celui qui, ayant la vie la plus forte et les passions les plus ardentes, cherche en elles l’élan qui le soulève, la matière qu’il ordonne, la puissance d’expansion qui le manifeste et qui l’exprime.

Il y a dans la raison elle-même une sorte de poésie et d’ivresse abstraite. Et c’est pour cela que si elle est souvent une marque de médiocrité pour ceux qui n’écoutent que l’inspiration, il arrive qu’elle soit une marque de délire pour ceux qui ne se fient qu’à ce qu’ils voient et à ce qu’ils touchent.

Comme la coupe d’un volcan éteint se remplit d’eau pure, les passions les plus violentes, lorsque leur feu est apaisé, creusent dans l’âme une sorte de profondeur qui devient peu à peu transparente et où le ciel tout entier se reflète.

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