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Est-il vrai qu’il y ait aux lisières de la conscience un monde effrayant et merveilleux qui serait tout près de nous et en nous, qui serait nous sans que nous en soupçonnions la présence ? Mais comment serait-il à nous tant que nous l’ignorons et que nous n’avons sur lui aucune prise ? Dira-t-on qu’il explose tout à coup à la conscience par des effets qui nous surprennent toujours, mais qui nous ébranlent assez pour que nous ne puissions nier qu’ils nous appartiennent ? Quelle est donc cette fatalité qui se développe en moi et dont je suis le spectateur impuissant ? Je ne puis dire moi qu’au point où ma pensée commence à éclairer ces impulsions obscures et ma volonté à s’y associer ou à les refouler. Ce monde violent et ténébreux peut être aussi voisin de moi qu’on le voudra, il n’est pas moi. A-t-il seulement une existence en lui-même avant que la conscience lui prête vie, tantôt pour le dominer et pour l’apaiser, tantôt pour se complaire en ses fureurs et pour les redoubler ? Il n’y a rien en nous qui mérite proprement le nom d’inconscient, mais seulement une conscience toujours naissante, sensible à toutes les sollicitations extérieures, à tous les appels de la chair et des sens, à toutes les voix de l’opinion et de la passion, et qui ne cesse de s’élargir, de s’enrichir, de s’épurer et de se corrompre selon le consentement qu’elle accepte de leur donner.

Sans la conscience, je ne serais rien, pas même une chose. C’est elle qui me donne l’être en me découvrant qu’il est mon être. Or, elle est elle-même intermédiaire entre la nature qui la dépasse en dessous et la raison qui la dépasse au-dessus. Mais elle en dispose et c’est pour cela qu’on peut dire qu’elle est à la fois la meilleure des choses et la pire. Tantôt elle devient la servante de la nature et elle use même des artifices de la raison pour la pervertir et pour l’avilir. Tantôt, en la subordonnant à la raison, elle la spiritualise et la transfigure.

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