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C’est parce que chacun de nous est un être mixte dont l’essence se réalise toujours par un équilibre maintenu entre deux extrêmes que, ni ce qu’il y a en nous de plus beau, ni ce qu’il y a en nous de plus laid, ne nous paraît tout à fait nôtre. Il y a en nous ce que l’on nomme la conscience et qui est à la fois un regard, un commandement et un vœu : c’est là la partie divine de nous-même. Mais il y a aussi en nous l’être auquel ce regard s’applique, qui est rebelle au commandement et infidèle au vœu : c’est la partie de nous-même qui appartient à la nature. Le moi est le trait d’union de la divinité et de l’animalité en lui l’esprit s’incarne et la chair se spiritualise.

La mesure est un acte qui est d’autant plus parfait qu’il a plus de résistance à vaincre et plus d’effort à fournir. L’art le plus haut est celui qui requiert la matière la plus résistante, mais qui en triomphe, l’inspiration la plus violente, mais qui la contient. Dans l’activité la plus noble et même dans l’amour le plus pur, il y a toujours une colère dominée.

C’est que tout excès est signe de faiblesse et non point de force. Il n’y a point d’excès qui ne finisse par être châtié. Il y a un excès dans la connaissance quand elle devient une ambition de la pensée pure qui se tourne en avidité ou en jeu et méprise l’action ou la décourage, au lieu de la soutenir et de l’illuminer. Et il y a un excès même de la vertu où l’on ne sait si l’être tente la nature ou bien tente Dieu, mais où il montre un défaut d’humilité, une confiance en soi et en ses propres ressources qui lui ôtent le sentiment de ce qu’il peut, qui l’empêchent de mesurer le rapport entre sa nature et sa volonté, et qui obligent un jour l’événement à le démentir et à l’accabler.

Mais on ne manque jamais à la mesure sans qu’il se produise quelque part une compensation par laquelle l’équilibre se rétablit. L’instinct retrouve sur un autre point, où il échappe à l’attention, la force qu’on lui refusait là où il cherchait à se faire jour. Et dès qu’il est refréné, il paralyse par son inertie la volonté même qui l’a vaincu. Mais inversement, qui voudrait sacrifier la pensée à l’action verrait cette pensée renaître et se gaspiller sous la forme du rêve, ou bien introduire un tour chimérique dans cette action même qu’elle prétendait exclure.

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