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Il y a un point où commence avec un autre être un commerce spirituel qui change toutes les relations que nous avions jusque-là avec lui et nous fait oublier qu’elles aient pu exister sans lui. Ce commerce spirituel ne s’établit que par la découverte d’un monde où chacun montre à l’autre ce que déjà il était près de voir, où toute vérité reçoit une clarté intérieure qui la convertit en beauté, où tout ce qui est semble se confondre avec un désir qui naît et qui s’achève.

Il n’y a rien de plus rare qu’un tel commerce ; le plus souvent, il ne se produit que par éclairs, soit avec des êtres que nous n’avons vus qu’une fois, soit avec les êtres qui nous sont le plus familiers. Presque toujours il est pressenti plutôt qu’éprouvé : il est impossible soit de le fixer, soit de le faire renaître à notre gré. Car il nous fait échapper du monde matériel où la volonté ne parvient ni à le saisir, ni à l’emprisonner. C’est un paradis spirituel mais qui ne fait jamais que s’entr’ouvrir.

Toutes les autres relations que nous avons avec les hommes, l’équité, la confiance, la sympathie, n’ont de sens que si elles le figurent, l’annoncent et déjà nous y mènent. Leur rôle est de le chercher, mais elles ne le trouvent pas toujours. Quand elles existent sans lui, elles sont exposées à tous les périls. Car dès que deux êtres sont en présence, ce sont deux étrangers qui, à mesure qu’ils apprennent à se mieux connaître, s’étonnent d’être si différents. L’individualité ne s’affirme d’abord que pour nous diviser. Alors commencent à apparaître certaines ententes et certains ménagements, l’idée de certaines limites destinées à protéger en chacun un asile inviolable, parfois une mutuelle complicité qui accroît notre séparation avec tous les autres et, dans les cas les plus favorables, le sentiment d’une alliance mystérieuse qui prolonge notre vie propre, la soutient et la multiplie.

Mais, bien qu’il y ait dans toutes ces relations un reflet et déjà un pressentiment du véritable commerce spirituel, elles n’en tiennent pas lieu et parfois même elles l’empêchent de se produire. Car il ne réside pas dans ces liens plus ou moins forts ou plus ou moins heureux que le désir ou la fortune peut nouer entre deux individus : il ne commence que là où une présence leur est offerte qu’ils se bornent à découvrir et où ils pénètrent par une mutuelle médiation.

Deux êtres ne peuvent se réunir que dans le même lieu spirituel. Découvrir un autre esprit, c’est découvrir un autre regard qui rencontre le nôtre dans la même lumière. Alors il arrive qu’on ait affaire à un commerce si pur qu’il est impossible de discerner en lui aucune matière, et dès que la réflexion la trouve, la communication devient un peu moins parfaite.

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