Le centre le plus subtil de la vocation ne réside point dans le choix de la besogne pour laquelle nous sommes faits et qui ne met en jeu que l’action que nous pouvons exercer sur les choses, mais dans le choix de nos amitiés, des hommes au milieu desquels nous nous plaisons à vivre, qui nous comprennent et qui nous aident, avec lesquels nous éprouvons une constante familiarité, et qui, au lieu de contracter notre génie par leur défiance ou leur hostilité, le soutiennent et lui permettent de s’épanouir.
Reconnaître ses affinités spirituelles et ne jamais transiger avec elles, c’est le secret de la force, du succès et du bonheur. L’écrivain lui aussi a besoin d’un cercle de sympathie qui affermit sa confiance en lui-même et qui permet à son œuvre de croître et de mûrir. Il y en a peut-être qui ont manqué leur destin faute de l’avoir trouvé et d’avoir su le créer, ou pour ne l’avoir pas reconnu, ou pour s’être trompé sur lui. Comme l’écrivain a besoin d’un public qui le comprenne et qui le porte, et qui est souvent d’autant plus ardent qu’il est plus étroit, tout homme a besoin d’un milieu qui est comme la terre végétale sans laquelle aucune graine ne fructifie ; mais ce serait une erreur de penser que ce milieu nous est donné et que nous nous bornons à le subir. Il est, comme tous les événements de notre vie, une rencontre de la liberté et de la fortune.
Il faut être prudent toutefois. Car tous les êtres qui nous entourent, tous ceux qui sont mis sur notre chemin sont pour nous autant d’occasions ou d’épreuves que nous n’avons pas le droit de repousser, de telle sorte que ce qui nous est laissé, c’est beaucoup moins le choix de ceux au milieu desquels nous sommes appelés à vivre que le discernement de ce point d’attache entre leur destinée et la nôtre où elles se fécondent l’une l’autre, au lieu de s’ignorer et de se combattre.