On dit que nul ne peut jamais recevoir que ce qu’il peut lui-même donner et que, pour être capable de recevoir un don, il faut être capable de le faire.
Pourtant l’honneur que nous rendons à Dieu ne consiste pas à rien lui donner, mais à nous montrer digne de recevoir ses dons. Et si l’homme bon ne peut pas être honoré par le méchant, c’est parce qu’il est incapable de rien recevoir de lui.
Or le plus grand bien que nous faisons aux autres hommes n’est pas de leur communiquer notre richesse, mais de leur découvrir la leur. C’est que nul ne reçoit rien comme un bien qui lui soit étranger. Il ne peut donc recevoir que lui-même pour don. Tout don que l’on reçoit est la découverte en soi d’un pouvoir que l’on possédait sans le soupçonner. Mais dès qu’il nous est révélé, il nous paraît plus intime à nous-même que tout ce que nous pensions avoir.
Et si le propre de la conscience, c’est de nous faire pénétrer dans une présence qui nous dépasse, on comprend que le seul qui ait conscience du bien, ce soit celui qui le reçoit et non pas celui qui le fait. Car celui qui le fait n’a besoin pour le faire que d’agir selon ce qu’il est, au lieu que celui qui le reçoit enrichit sa propre vie d’une puissance qu’il portait en lui, mais qu’il n’exerçait pas tant qu’il était seul.
Dès lors s’il n’y a rien de plus stérile qu’un don qui n’est pas reçu, on peut dire que c’est celui qui reçoit le don qui en fait un don, qui lui procure son efficacité et sa vertu.