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Le mot « humiliation » renferme une ambiguïté qui nous révèle l’ambiguïté même de notre vie. C’est à la fois le signe de la plus méprisable lâcheté que d’accepter toutes les humiliations sans être capable de se redresser, et du courage le plus rare de les recevoir sans céder à la rancune et au désir de la vengeance. L’abaissement n’est pas toujours un signe de bassesse. Il arrive même que l’orgueil habite parfois l’âme de celui qui, s’humiliant le plus parfaitement devant Dieu, laisse entendre qu’il ne s’humilie jamais devant un autre homme.

Car il y a une dignité que l’individu doit maintenir et sans laquelle, quel que soit l’abaissement auquel il se trouve réduit, il renierait la présence en lui d’une âme capable de la plus haute destinée spirituelle : cependant il a le sentiment d’une misère plus profonde que tous les outrages et qui l’oblige non seulement à les pardonner, mais à les accepter.

Presque toujours, les humiliations blessent notre amour-propre sur quelque point sensible : mais il nous appartient de cautériser la blessure en nous guérissant de l’amour-propre au point même où il s’est enflammé.

L’humilité ne peut être qu’une attitude momentanée et provisoire de la volonté qui cherche des remèdes à l’amour de soi, à la vanité ou à l’orgueil, comme on retourne un bâton dans le sens opposé pour le rendre droit. Mais le but que l’on veut atteindre, c’est la rectitude qui réside dans la simplicité. L’intention doit être droite c’est seulement à la réalité et à la vie qu’il appartient d’infléchir notre âme pour l’obliger à s’appliquer toujours avec exactitude à l’infinie souplesse de leur contour.

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