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La plus grande source d’humilité pour les esprits les plus profonds, c’est la présence du corps, qui est pour les esprits les plus superficiels la source de toutes les vanités. Ce ménage que nous faisons avec le corps, dont il faut dire qu’il est à nous et dont la plupart des hommes disent qu’il est nous, la nécessité où nous sommes de subvenir à ses besoins, de supporter ses misères, d’accepter qu’il nous dévoile et qu’il nous montre, qu’il nous rende pour ainsi dire public par une sorte de continuelle indiscrétion, voilà ce qui nous oblige le mieux à nous humilier. Mais la véritable humilité est une attitude métaphysique singulièrement rare, ce dernier abaissement de tout notre être vers la terre qui exige un suprême relèvement de notre âme vers Dieu : car nul ne saurait s’anéantir lui-même que pour permettre à Dieu d’occuper la place vide. Et c’est seulement en Dieu que pouvait se réaliser l’abîme de l’humilité, qui est le miracle de l’Incarnation volontaire.

Il y a une fausse humilité, qui est un orgueil véritable par lequel on méprise tout ce que les autres possèdent ou estiment, en se félicitant intérieurement d’être au-dessus de tout cela, et d’être seul pourtant à s’humilier. Il ne faut pas que l’humble s’abaisse devant Dieu pour se relever davantage devant les autres hommes, en tirant avantage contre eux de cet abaissement même qu’il est seul à connaître. Il attend toujours d’autrui plus que de lui-même. Il n’y a point d’attitude plus difficile à maintenir que l’humilité véritable, celle dont l’amour-propre ne cherche aucune revanche.

Il n’y a que l’humilité qui puisse produire la douceur. L’orgueil est toujours impatient et colérique. Et l’orgueil d’être doux abolirait la douceur. Mais celui qui est doux ne pense point assez à soi pour s’irriter contre les autres. L’orgueil nous rend si glorieux de ce que nous sommes qu’il nous laisse mécontent des plus grands biens qui peuvent nous être donnés ; au lieu que l’humilité, qui nous rend mécontent de ce que nous sommes, nous permet de jouir des moindres choses que nous recevons ; et la plus parfaite humilité nous rend encore content de ce peu que nous sommes, si méprisable que cela nous paraisse.

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