On explique presque toujours le développement de la plante par la nature de la graine et l’action du milieu. S’il en était ainsi de nous-même, nous serions enfermé dans le réseau de la fatalité. Nous aurions une destinée sans avoir de vocation. La vocation suppose un consentement de la liberté, un usage des dons que nous avons reçus et des conditions que la vie nous imposée. C’est précisément dans l’intervalle qui sépare toujours ce que nous sommes par nature des circonstances dans lesquelles nous sommes placé, que la liberté s’insinue ; c’est entre ces deux déterminismes, celui du dedans et celui du dehors, c’est grâce à leur rencontre, qu’elle exerce son jeu. Car c’est elle qui les met en rapport, qui demande à chacun d’eux des armes contre l’autre. C’est par l’action des événements qu’elle a prise sur les puissances de la nature et qu’elle les discipline ; c’est par l’action de ces puissances qu’elle prend possession des événements ou qu’elle les suscite.
Le propre de la destinée est, semble-t-il, de nous apporter les situations auxquelles la liberté nous oblige de répondre. Cependant, cette réponse n’est pas, comme on le croit parfois, purement intérieure et spirituelle : elle agit sur notre destinée elle-même. Bien plus, celle-ci n’est pas une simple épreuve qui nous est proposée du dehors sans que nous ayons été consultés : elle est appelée par notre liberté afin de lui permettre de s’exercer. Les événements sont des occasions qui lui sont fournies et qui sont toujours en rapport avec ses aspirations, avec son pouvoir, avec son courage et avec son mérite.
La sagesse réside tout entière dans une certaine proportion que nous sommes capables de trouver entre ce que nous voulons et ce qui nous arrive, sans que nous puissions dire si c’est ce qui nous arrive qui prend la forme de ce que nous voulons ou ce que nous voulons qui prend la forme de ce qui nous arrive.